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Tome troisième.
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328 HISTOIRE DE L’ARMÉE

nisés. Chaque jour d’immobilité, en nous rapprochant de l’hiver et en dimi-nuant nos ressources, avait créé à l’ennemi de nouvelles forces, de nouveauxmoyens de vengeance.

A la nouvelle de cette attaque, l’Empereur accourut avec toute l’armée.Mortier, avec une faible division , resta pour garder Moscou et former l'ex-trême arrière-garde.

Les deux armées étaient campées sur les bords de la Nara, qui les séparait,Murat avec sa simple avant-garde de 20,000 hommes, Kutusof avec toute l’ar-mée russe.

Le général russe construit plusieurs ponts à Sparhoc, à une lieue au-dessus de Tarutino; dans la journée du 17 octobre, il fait passer toute sonarmée sur la rive gauche de la Nara, et le lendemain il essaye, par des ma-nœuvres obliques, à enlever l’avant-garde française.

Une partie des Russes attaque de front et force toute la ligne à se main-tenir en bataille. En même temps Platof essaie de déborder la gauche de Murat,y réussit, et court s’emparer d’un défdé qui était la seule retraite du roi deNaples. Murat, à la tête de ses carabiniers, culbute le front ennemi, le force àreculer, et, dégageant ses derrières, se retire sans être accablé du poids d’unearmée entière.

Le combat de Vinkowo fut le signal de la retraite de toute l’armée. Jamaisl’imagination ne pourrait se créer plus étrange spectacle que celui de cettearmée, formant encore une masse de 104,000 combattants, qui traînait avecelle des milliers de bagages, de calèches, de voitures russes, de femmes, d’en-fants, de valets. Chaque compagnie se groupait autour de ces chariots. Onespérait traîner toute cette longue file de bagages, d’arsenaux et d’hôpitauxambulants, à travers toute la Russie , malgré l’ennemi, malgré le climat etmalgré les Cosaques. Cette fatale erreur était entretenue par le soin mêmeque l’Empereur avait apporté à ne laisser derrière aucune des pièces d’artille-rie que l’armée avait amenées. On avait été jusqu’à sacrifier les équipages depont.

Mortier s’était défendu trois jours dans Moscou contre des hordes de Cosa-ques , dont il prit même le général Yintzingerode. Le 23, à minuit, il com-mença à évacuer le Kremlin , et, suivant les ordres de l’Empereur, le fit sauteren partie. Il rejoignit Ney dans la nuit, et tous deux se replièrent sur Tom-niskoë.

La marche de l’Empereur avait été jusque-là des plus habiles. Kutusof at-tendait une bataille. En apprenant que l’armée française avait quitté Moscou pour prendre la vieille route de Kaluga, le général russe crut que Napoléon venait à lui ; mais, par une oblique à travers champs, l’Empereur avait rejointsa ligne de retraite. Déjà le vice-roi approchait de Kaluga ; la division Delzons ,avant-garde du prince Eugène, occupait Malojarolawelz, et Poniatowski étaitmaître de Véreia.

Instruit par ses coureurs de celte marche, Kutusof devina sa faute. Il com-prit aussitôt que l’Empereur voulait s’emparer de Kaluga , afin de se retirer