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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
tesque, si, des simples chiffres des combattants, on passe à l’examen des con-ditions si diverses où les uns et les autres étaient placés! Nos soldats, épuiséspar tous les besoins et toutes les fatigues, exténués de froid, de nudité, mou-rant de faim, manquant de munitions, désarmés même pour un bon nombre,et tout cela à six cents lieues de leur patrie (1); devant eux, derrière eux, surleurs flancs enfin, les Russes , parfaitement acclimatés, combattant pour leursfoyers, pourvus de vivres, d’eau-de-vie, de munitions de toutes sortes, et lemoral exalté par leur nombre écrasant et par des succès dépassant toute espé-rance, tandis que la plus complète et la plus fatale prostration, en s’emparantde nos soldats, ajoutait comme un élément nouveau à tous ceux qui causaient
nos désastres.Mais, si tristes qu’elles soient, ces pages de notre histoire ont
leur grandeur, et le passage de la Bérésina, dont on a essayé de donner iciquelque idée, restera à jamais une date que le malheur a illustrée pour nosannales militaires.
Il nous semble curieux de placer sous les yeux du lecteur l’opinion d’un desécrivains militaires les plus estimés de la Russie , M. de Butturline, sur cesjournées fameuses; de telles lignes, par leur origine non suspecte, sont assu-rément la conclusion la plus éclectique à donner à notre récit de la catas-trophe.
« Nous ne pouvons nous dissimuler, dit le critique russe, que la conduite del’Empereur des Français au passage de la Bérésina est au-dessus de tout éloge;le danger imminent où il se trouvait ranima encore une fois son génie mili-taire.Investi de tous côtés, Napoléon ne perd pas la tête; il trompe par des
démonstrations habiles les généraux qui lui sont opposés, et, glissant, pourainsi dire, entre les armées qui s’apprêtent à fondre sur lui, il exécute son pas-sage sur un point bien choisi, où tout l’avantage du terrain se trouve de soncôté. Le mauvais état des ponts, dont il ne dépendait pas de lui d’améliorer laconstruction, fut Tunique cause qui, en ralentissant l’opération, la rendit pé-rilleuse. Ainsi, les grandes pertes que les Français éprouvèrent ne sauraientêtre attribuées à Napoléon , et ne doivent être mises que sur le compte descirconstances malheureuses où était son armée, et qu’il n’était plus en son pou-voir de maîtriser. »
Avant de continuer le récit de la retraite, il est indispensable de jeter unrapide coup d’œil sur les opérations des corps détachés en Lithuanie et enWolhinie.
Le maréchal Macdonald, qui se trouvait à la tête de 8,000 hommes de la gar-nison de Riga , ayant presque toutes ses forces stationnées à Neigut, résolut decouper la retraite aux Russes , qui occupaient Walhof. Il se transporta à Ekaupour être mieux en position de diriger les opérations, et y concentra les corpsdont le général Bachelu reçut un des commandements les plus importants.Dès le lendemain, Bachelu s’empara de Baldou, tandis que Macdonald diri—
(l) «La main gèle sur le fer, les larmes se glacent sur les joues, » a dit un acteur de cesdrames, le baron Larrey.