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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
ment insensée. « Nous étions tous dans un tel état d’abattement et de torpeur,dit l’illustre praticien, que nous avions peine à nous reconnaître les uns lesautres; nous restions dans un morne silence; l’organe de la vue et les forcesmusculaires étaient affaiblis au point qu’il était très-difficile de conserver sonéquilibre... La mort n’était devancée que par la pâleur du visage, par une sorted’idiotisme, par la difficulté de parler, de penser même... »
En vérité, Napoléon devait-il exposer à de si cruelles atteintes l’intelligenceet le bras qui résumaient encore tout l’espoir de la France ? Qui oserait le sou-tenir? D’ailleurs sa présence n’était-elle pas indispensable dans sa capitale, oùnul ne pouvait le suppléer, et d’où il pouvait encore imposer à la Prusse et àl’Autriche , dont les espérances pouvaient se ranimer à la connaissance de cequ’il fallait bien appeler nos désastres. « Les destinées d’un grand peuple re-posaient sur moi seul, » fait-on dire à l'Empereur dans un ouvrage qui résumeses opinions et ses idées; « mon devoir m’appelait en France , où il fallait orga-niser les prompts moyens de réparer des malheurs qu’il ne dépendait plus demoi de lui épargner. Si j’avais été petit-fils de Louis XIV, et que la France eûteu mon successeur naturel prêt à monter sur le trône, je n’aurais pas balancéà partager une fois de plus la mauvaise fortune de mes compagnons d’armes,parce qu’alors ma présence n'eût peut-être pas été nécessaire pour sauver l’em-pire. Mais que faire avec les débris dont j’étais entouré? Devais-je augmenter,par ma capture personnelle, les trophées de l’ennemi? Parti avec deux de mesofficiers, je suis revenu trois mois après avec 300,000 hommes, qui n’existaientque sur les cadres le jour où je remis le pied à Paris . Quel antre que moi eûtréorganisé le personnel et le matériel de 600 pièces de canon qui reparurenttriomphantes dans les champs de Lutzen et de Bautzen ?»
Au reste, l’Empereur ne prit point ce parti sans en conférer avec ses géné-raux. Le conseil qu’il assembla, formé du roi de Naples, du prince vice-roi, etdes esprits les plus sérieux de son état-major, fut unanime à reconnaître lanécessité de son départ pour aller créer au pays menacé de nouvelles res-sources. Il part, et Murat, qu’il nomme son lieutenant-général, prend le com-mandement de l’armée; le prince de Neufchâtel et le comte Daru restèrentauprès du roi de Naples; le prince Eugène et les maréchaux Berthier, Ney,Davoust, Mortier, Lefebvre, Bessières, continuèrent de servir comme si l’Em-pereur était toujours présent.
Le5décembre, il prit la route de Paris , voyageant en traîneau sous le nom duduc de Vicence,qui l’accompagnait. En passant à >Vilna , il entretint le duc deBassano, et vit, à Varsovie, le comte Potocki. Le 14, il était à Dresde , et, aprèsune longue conférence avec son vénérable allié, le roi de Saxe , il prit le che-min de sa capitale, où il entrait le 18.
Le départ de l’Empereur, il faut le dire, plongea l’armée dans un profonddécouragement, découragement d’autant plus funeste, que nos soldats n’enavaient point fini avec la souffrance; car, ainsi qu’on le verra bientôt, le pas-sage de l’armée dans Wilna fut plus désastreux encore que la catastrophe dela Bérésina.