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Tome troisième.
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342 HISTOIRE DE L’ARMÉE

Mais, avant de passer à de nouveaux récits, arrêtons-nous quelques instantssur l’examen philosophique de cette campagne fameuse, constatant rapidementses douloureux résultats, voyant ce qu’elle eût pu, en réussissant, entraînerde bien, non point seulement pour la France, mais en réalité pour l’Europe entière que Napoléon rêvait de délivrer et non d’asservir. En effet, s’il estvrai, comme l’a dit plus tard l’illustre prisonnier de Sainte-Hélène, que, dansun temps prochain, la civilisation et la barbarie doivent, dans un duel d’exter-mination, nous entraîner tous sous la loi du vainqueur, il semble que ce quipouvait arriver déplus heureux pour l’Europe inquiète, c’était la consécrationd’un système mitoyen qui, fusionnant la vieille société et la jeune, aurait con-servé, en partie, à l’une ses institutions aristocratiques et ses formules, touten concédant à l’autre ses tendances libérales et ses aspirations démocratiques.Ce rôle, assurément fort difficile, mais réalisable au génie, de médiateur en-tre le moyen âge et le xix e siècle, Napoléon l’avait rêvé, et son audacieusecampagne de Russie en était une des premières tentatives réalisatrices. Enallant planter ses aigles au Kremlin, il croyait imposer à l’Europe cette paixqu’on s’est longtemps refusé à croire sa préoccupation constante depuis 1812.Plus tard, il l'a dit lui-même : « Cette campagne eût été, pour la grande cause,la fin des hasards et le commencement de la sécurité. Un nouvel hori-zon, de nouveaux travaux allaient se dérouler tous pleins du bien-êtreet de la prospérité de tous. Le système européen se trouvait fondé, il n’etaitplus question que de l’organiser... Satisfait sur tous ces grands points et tran-quille partout, j’aurais eu aussi mon congrès et ma sainte-alliance: ce sont desidées qu’on m’a volées. Dans cette réunion de tous les souverains, nous au-rions traité de nos intérêts et compté de clerc à maître avec les peuples... Lacause du siècle était gagnée, la révolution accomplie; il ne s’agissait plus quede la raccommoder avec ce qu’elle n’avait pas détruit. Or, cet ouvrage m’ap-partenait; je l’avais préparé de longue main aux dépens de ma popularité peut-être. N’importe! je devenais l’arche de l’ancienne et de la nouvelle alliance,le médiateur naturel entre l’ancien et le nouvel ordre de choses. J’avais lesprincipes et la confiance de l’un, je m’étais identifié avec l’autre; j’appartenaisà tous les deux, j’aurais fait en conscience la part de chacun. »

Hélas! pourquoi Napoléon n’a-t-il trouvé qu’un immense désastre là où songénie généreux avait vu un des moyens les plus efficaces d'arriver à la réali-sation de son vaste dessein de suprême humanité? Xavier de Maistre l’a dit :« Les hommes qui ont médité l'histoire se sont émerveillés et courbés devantcette force secrète qui se joue des conseils humains. » A quoi a tenu la réus-site du plan le plus gigantesque qui soit jamais sorti du cerveau d’un grandcapitaine? Voyez! quinze jours à peine se sont écoulés depuis la reprise des hos-tilités, la paix allait se conclure à Wilna... Mais Bagration réussit à dégagerses 40,000 Busses, on sait à qui la faute... Le moissuivant, Smolensk est tour-née, surprise, sans qu’il y restât un seul soldat russe pour en fermer les por-tes. Un tel coup de main pouvait amener le cabinet de Pétersbourg à deman-der la paix... Mais on laisse à Neverowski le temps d’atteindre Smolensk et d’y