ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 345
çais qui restèrent à Wilna avaient un membre gelé, et ne pouvaient consé-quemment aller plus loin.
Tout ce qui put se mettre en marche suivit la route de Kowno , à l'exceptionde quelques détachements polonais dirigés sur Olita. Le roi de Naples était ac-compagné d’Eugène et des maréchaux Berthier, Davoust, Mortier et Lefèvre.La garde lui servait d’escorte; quant à l’armée, elle ne comptait guère plus de4,300 combattants.
A une lieue et demie à peine de Wilna , la neige épaisse et la nuit obscure nepermettaient plus de reconnaître la route tracée; le verglas empêchait les che-vaux et les charrois de trouver un point d’appui pour le tirage; s’amoncelant,ils se culbutèrent les uns sur les autres. De nouvelles confusions résultèrentde l’accumulation des cavaliers, des voitures et des piétons, de telle sorte que,l'obscurité aidant, Murat reconnut qu’il n’y avait nul autre moyen d’avanceret de sauver ses hommes que d’abandonner ce qui restait d’artillerie et de ba-gages, y compris ce qu’on possédait encore des trophées enlevés à Moscou , etenfin le trésor impérial, formé, les uns disent de cinq, les autres prétendentde dix millions. C’est ainsi que ce dont l’ennemi n’avait point réussi à s'em-parer, ou qui avait été épargné dans le désastre de la Bérésina, devint la proiefacile de quelques centaines de pillards cosaques que le hasard amena sur cepoint.
Aussitôt les Français évacués de Wilna , le corps de Platow y entra, et, par-courant les rues avec furie, se mit à sabrer tous les pauvres soldats, à demimorts de leurs blessures ou mutilés par la congélation, que les habitants re-jetaient hors de leurs maisons. Ici se présente un fait que nous ne voulons pointpasser sous silence, car il démontre ce qu’étaient toujours nos soldats lorsquel’excès de leurs maux n’annulait par leurs forces en désarmant leur courage.Un piquet de trente hommes, commandé par un officier, avait été oublié aupont de Wilna . Dès qu’il fut aperçu, ce faible détachement fut entouré d’unenuée de cavaliers et de fantassins s’élevant à plus de 2,000 hommes. L’officierfrançais, sans être intimidé, dispose ses soldats en cercle, commande le feu;puis, faisant battre la charge, s’avance baïonnette basse. En un instant toutfuit... et les issues sont libres. Quelques heures après, ce glorieux détachementrejoignait l’arrière-garde française au pont de Ponary. L’histoire regrette quele nom de ce brave officier manque à ses tables.
A partir de Wilna , l'armée s’efforça d’accélérer sa marche. Le H, elle arrivaà Rumsziki. La garde s’y arrêta avec les maréchaux; mais Murat continua saroute sur Kowno . Là il trouva des approvisionnements, de l’argent et qua-rante-deux bouches à feu. Le 10 décembre, Tschighagof amena son avant-garde au faubourg de Wilna , où Platow était rentré après la retraite de nostrente braves, pour s’attacher ensuite à notre arrière-garde. Arrivé devantKowno, ce général fit canonner la ville. Le duc d'Elchingen et le général Gé-rard, à la tête des débris des premier et troisième corps, renforcés de la divi-sion Loison, tinrent l’hetman en respect. Désespérant de nous débusquer,celui-ci fit traverser le Niémen glacé à plusieurs régiments de Cosaques du
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