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Tome troisième.
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346 HISTOIRE DE L’ARMÉE

Don, et peut-être ce mouvement aurait-il réussi, sans l’élan de Nev, qui, ra-massant un fusil, se mit, comme un simple caporal, à la tète d’un pelotonformé des officiers de son état-major, et fit résolûment front aux Cosaquesjusqu’à l’arrivée du renfort. Toutefois Kowno fut évacué dans la nuit suivante.Étrange fortune delà guerre! le maréchalNey, qui,quelques semaines aupa-ravant, avait traversé le Niémen à la tête de 40,000 hommes, n’avait plusautour de lui que ses aides-de-camp ! De son côté, le prince Eugène, venud’Italie avec 50,000 combattants, se retirait, traînant après soi un millier

d’éclopés.Et il faut ajouter qu’il n’était presque pas un corps qui n’eût été

détruit d’une façon à peu près analogue. En un mot, les débris de toute

l’armée, au passage du Niémen , ne présentaient plus guère qu’un lamentablechiffre de 25 à 30,000 hommes, tellement affaiblis par les maladies, ruinés parles privations et mutilés par le froid, que le quart tout au plus pouvait uti-liser ses armes.

Au reste, et pour mieux faire juger des obstacles imprévus, surnaturelspresque, qui se dressèrent contre la réussite de notre campagne, il est bon denoter que l’armée russe elle-même commençait à souffrir tellement des pri-vations, du froid et des continuelles contre-marches, que, réduite à moins de100,000 combattants, Kutusof crut prudent de lui faire prendre ses cantonne-ments à 'Wilna et dans ses environs.

Cependant l’empereur Alexandre s’était décidé à reparaître en tête de sesarmées, et dans ce but, il quitta Pétersbourg pour Wilna , le 18 décembre. 11est juste de dire à sa louange qu’il s’occupa des prisonniers français , et queceux qui avaient survécu à leur maux et aux Cosaques furent sauvés. L’Em-pereur fit bientôt reprendre le cours des opérations militaires.

Dès que le prince de Schwartzemberg avait appris notre marche sur Wilna ,il s’était mis en retraite. On a supposé que dès lors quelques occultes conven-tions de paix existaient déjà entre l’Autriche et la Russie . La conviction du faitressortirait formellement de l’examen des intrigues diplomatiques de cetteépoque, examen qui n’est point du ressort d’un récit spécialement militaire.Il suffit de remarquer que le prince de Schwartzemberg se hâta de profiler dela bataille de Wolkowisk pour s’isoler de l’armée française, dont il ne se rap-procha que lorsque sa ruine fut consommée. L’Angleterre fut naturellementencore dans cette trahison.

Le dernier jour de l’année, le corps autrichien vint prendre position entre laNazew et le Bug, occupant aussi Broke et Ostrolenka ; une avant-garde se tintà Nur. Le général Mohr ayant évacué Rujaua, la gauche du général Reynier,jusque-là resté à Prujany pour observer la Wolhynie , se trouva à décou-vert, ce qui le contraignit de suivre le mouvement des Autrichiens. En consé-quence, se dirigeant sur le Bug, il vint prendre la droite du prince de Schwar-tzemberg. Bientôt Sacken, gardant la rive droite du Bug, se plaça devant legénéral Reynier. D’un autre côté, le général W’iltgenstein, qui avait franchi laBérésina sur un pont de bateaux, songeait à couper la retraite au duc de Ta-rente, et, à cet effet, il expédia deux divisions de son armée, l’une vers Tilsitt,