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HISTOIRE DE L’ARMÉE
les plus détestables de la nature humaine s’assouvirent dans cette malheu-reuse ville, que ne défendit pas sa gloire. Une rapacité sans pudeur, une bru-tale intempérance, une luxure sauvage, voilà ce qui, pendant deux jours etdeux nuits, déshonora à Badajoz l’armée anglaise. Et l’on comprendra l’hor-reur qui résulterait infailliblement des détails, lorsqu’une feuille militaire an-glaise (1) s’exprime ainsi dans sa propre indignation nationale; nous transcri-vons : « Non contents d’avoir dévasté la ville de fond en comble, nos soldatset nos femmes s’arrachaient les uns aux autres leur butin, et le sang coulaitpresque toujours dans ces rixes. L’aspect que présentait Badajoz , le 9 au matin,aurait mérité d'inspirer le pinceau d’un Hogarth . Des centaines d’individus desdeux sexes étaient couchés dans les rues, ivres-inorts, au milieu des cadavres.On ne pouvait distinguer les vivants des morts, tous étaient également pâles,sanglants, sans mouvement. Les églises et les couvents, les boutiques et lesmagasins de vins et de liqueurs, les maisons particulières et les palais, rien nefut épargné. Les acteurs de ces excès avaient endossé, les uns, les soutanes desprêtres avec leurs larges chapeaux de Basile; les autres, les robes des moineset des nonnes, ou les costumes de gala des grands d’Espagne et des dames dela cour. Un souterrain de la cathédrale avait été converti en dépôt d’eau-de-vie; mais les tonneaux ayant été percés par les balles, il s’était changé en uneespèce de lac alcoolique où des centaines de soldats se noyèrent. »
On consomma en munitions, pendant ce siège, 32,019 boulets, 1,826 bom-bes, 1,501 charges, grappes de raisins et boîtes de mitraille.
La défense de Badajoz a infiniment plus illustré le général Philipon que saprise n’a glorifié Wellington. L’histoire s’est montrée sévère à l’égard du ma-réchal Soult, et surtout de Marmont, pour avoir laissé cette place livrée à sespropres forces par la lenteur de leurs mouvements. Le duc de Dalmatie , dureste, n’était plus qu’à deux journées de marche de Badajoz , lorsqu’il appritque celte place était tombée au pouvoir de l’ennemi. Il n’avait désormais plusrien à faire en Estramadure, aussi se hâta-t-il de rentrer en Andalousie , oùl’ennemi cherchait déjà à mettre à profit son absence.
L’affaire des Arapiles qui, au milieu d’une foule d’engagements partiels surdes points multiples, devait précéder de peu la retraite de l’armée de Portugalsur Burgos , fit perdre à cette dernière 5,000 hommes, 11 pièces de canon etplus de 2,000 prisonniers. Cette sanglante affaire, si confuse de détails qu’elleéchappe aussi à l’analyse, nous coûta trois généraux, Thomières, Ferey etDesgraviers; parmi les blessés on remarquait Marmont, Bonnet, Clausel etMenne. Le major-général de l’armée anglaise, Marchaud, fut tué et cinq géné-raux blessés.
Le lendemain de cette affaire, 23 juillet, l’armée de Portugal se réunit sousAlba de Formés, commençant sa retraite vers Penaranda, pour gagner lagrande route de Madrid à Valladolid . L’avant-garde des Anglo-Portugais ren-contra, près de la Serra, l’arrière-garde du général Clausel. Nos troupes étaient
( 1 ) The United services journal.