Band 
Tome troisième.
Seite
377
JPEG-Download
 

ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 377

pereur avait hâte d’en venir à quelque chose de plus sérieux, lorsqu’il enten-dit tout à coup une forte canonnade sur les derrières de l’armée. Une épaissefumée s’éleva presque aussitôt de la plaine où Ney avait bivouaqué la nuit pré-cédente. Bientôt on reconnut l’approche des colonnes ennemies débouchantde Pégau pour tenter de nous prendre en flanc. Bien que pris un peu à l’im-proviste, Napoléon n’hésila pas à livrer la bataille. « Nous n’avons pas de ca-valerie, dit-il; mais peu importe! ce sera une bataille d’Égypte . Partout l’in-fanterie française doit se suffire; je ne crains pas de m’abandonner à la valeurinnée de mes jeunes conscrits. »

Les commandements sont sur-le-champ divisés. Le vice-roi aura la gaucheavec le duc de Tarente sous ses ordres; Raguse commandera la droite, soute-nue par le général Bertrand. Les manœuvres rapides par lesquelles l’arméese mit en bataille eussent fait honneur à des vétérans.

Wittgenstein disposa son armée : la droite vers Thesau et la gauche en ar-rière du village de Muschwilz. La réserve, en cavalerie russe et prussienne,s’établit près d’un mamelon en arrière, et qui servit d’observatoire aux deuxsouverains alliés durant l’action.

L’affaire fut engagée par une des divisions de Blücher , précédée de 28 bou-ches à feu. La division Souham , du 3 e corps, qui occupait le village de Gross-Gorschen, prise de front par l’infanterie, et aussi en écharpe par l’artillerie etla cavalerie, dut abandonner ce village. Les divisions Brenier, Girard, Ricardet Marchand firent rapidement tourner bride à l’ennemi. Blücher envoya uneseconde division soutenir la première. Ney engagea aussitôt les divisions Mar-chand et Brenier, et la lutte devint des plus opiniâtres. Wittgenstein, tout enpressant notre centre, cherchait à forcer notre aile droite. Dans ce but, il diri-gea sur les villages de Starsiedel et de Kolseu le corps de Wintzingerode, dontl’effet manqua par la résistance que lui opposa la 1" division du 6' corps, com-mandée par le général Compans.

Au centre, la garde prussienne, qui formait la réserve de Blücher , dut s’a-vancer pour ressaisir la victoire volant vers nous. Le village de Kaïa, pris etrepris, resta aux Prussiens. L’Empereur tenait beaucoup à garder ce point quicouvrait Lutzen et la grande route de Leipsick. Le comte de Lobau fut chargéde le reprendre. Un combat furieux s’y engagea, l’ennemi s’y rencontrant avecson artillerie. Blessé de plusieurs balles, le général Gérard s’écriait en excitantses jeunes recrues : «C’est la journée de la France ... il faut venger l’affront deMoscou ou mourir ! »

Wittgenstein, voyant sa gauche contenue par Raguse , voulut tenter unnouvel effort sur le centre, tandis que Wintzingerode était chaudement engagéavec la division Morand. Une division russe, par son concours, nous repritKaïa. L’Empereur, voyant que le troisième corps chancelait, lança les 16 régi-mens de la jeune garde, couverts par 80 bouches à feu, au secours de cestroupes. Le vice-roi, rappelé de Leipsick, avait sur-le-champ expédié le géné-ral Macdonald avec ses 3 divisions qui, renforcées de 60 pièces de canon, arri-ni. 18