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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L'ARMÉE

vèrent vers quatre heures du soir, et, prenant l’ennemi en flanc, coupèrentsa retraite vers les ponts de l’Elster.

L’engagement ardent, impétueux, était alors général. On se prit et repritles villages, on gagna du terrain, on en perdit. Les 16 régiments de la jeunegarde, commandés par le duc de Trévise , reprirent vaillamment Kaïa, ap-puyés de 80 canons réunis en une seule batterie qui vomit la mort dans lesmasses prussiennes. Menacés sur les derrières par le vice-roi, ceux-ci furentenfoncés sur tous les points et chassés, non-seulement de Kaïa, mais de leurspositions de Rhana et de Klein-Gorschen. Le sort de la journée était fixé, bienque la bataille se soutînt avec acharnement jusqu’à la nuit. Wintgenstein or-donna la retraite. Pendant la nuit, les alliés passèrent l’Elster à Pégau. Dès lelendemain matin, l’empereur de Russie et le roi de Prusse prenaient le cheminde Dresde ...

Très-sanglante, cette bataille ne fut point décisive. Nous eûmes plus de12,000 hommes hors de combat. Le chef d’état-major de Ney, le généralGourré, y fut tué. Parmi les blessés on notait les généraux Brenier, Girard,Chemineau et Guillot. Les alliés perdirent 15,000 hommes et nous laissèrent2,000 prisonniers. Parmi leurs morts se trouvaient les princes de Hesse-Hombourg et de Mecklembourg-Strelitz. Blücher avait été blessé.

La proclamation suivante, qu’il adressa le lendemain, 3 mai, à sa jeune ar-mée, élève un peu haut le parallèle offert par cette victoire; n ais le but del’Empereur était évidemment d’encourager ces jeunes soldats, qui venaient deconquérir si brillamment leurs éperons :

« Soldats,

« Je suis content de vous 1 Vous avez rempli mon attente ! Vous avez sup-pléé à tout par votre bonne volonté et par votre bravoure. Vous avez, dans lacélèbre journée du 2 mai, défait et mis en déroute l’armée russe et prussienne,commandée par l’empereur Alexandre et le roi de Prusse. Vous avez ajouté unnouveau lustre à la gloire de mes aigles; vous avez montré tout ce dont estcapable le sang français. La bataille de Lutzen sera mise au-dessus des bataillesd’Austerlitz, d’Iéna , de Friedland et de la Moskowa. Dans la campagne passée,l’ennemi n’a trouvé de refuge contre nos armes qu’en suivant la méthode fé-roce des barbares, ses ancêtres. Des armées de Tartares ont incendié lescampagnes, les villes, la sainte Moscou elle-même! Aujourd’hui, ils arrivaientdans nos contrées, précédés de tout ce que l’Allemagne, la France et l’Italie ont de mauvais sujets et de déserteurs, pour y prêcher la révolte, l’anarchie,la guerre civile, le meurtre. Ils se sont faits les apôtres de tous les crimes. C’estun incendie moral qu’ils voulaient allumer entre la Vistule et le Rhin , pour,selon l’usage des gouvernements despotiques, mettre des déserts entre eux etnous. Les insensés! ils connaissaient peu l’attachement à leur souverain, la