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HISTOIRE DE L’ARMEEfut un moment d’affreuse anxiété pour tous... Mais, par miracle, l’obus s’étaitétouffé dans la terre molle du fossé, il n’éclata point.
C’était un étrange et nouveau spectacle que celui de cette armée, que l’ar-rivée successive de ses colonnes renforçait d’instant en instant, massée danscette forêt dont les branchages craquaient et tombaient sous le choc des bou-lets. De Wrède faisait à la lisière du bois un dernier effort pour s’échapper parsa droite. Sur l’ordre de l’Empereur, le général Friant, à la tête des grena-diers de la vieille garde, acheva la déroute de l’imprudent général, qui sehâta de fuir le champ de bataille et de se jeter confusément sur le pont de laKintzig. Les troupes occupaient la place de Hanau ; il en fit opérer l’évacuationla nuit suivante. Le lendemain matin, une députation vint de cette ville im-plorer la bienveillance de l’Empereur. L’armée reprit sa marche, laissantHanau sur sa gauche. Mais, au grand étonnement de Napoléon , de Wrède,s’étant remis de son échec de la veille, attaqua la queue de nos colonnes. Ilfut de nouveau battu par Bertrand et Marmont. De Wrède reçut une balledans l’épaule, et le prince d’OEttingen, son gendre, fut tué. Les Austro-Bava-rois se retirèrent sous les ordres de leur nouveau général, l’Autrichien Fres-nel. L’ennemi payait de 6,000 tués ou blessés et de 4,000 prisonniers les étour-deries de de Wrède.
A dater de cette dernière affaire, notre marche sur le Rhin continua sansobstacle. Arrivé à Mayence le 2 novembre, l’Empereur s’y arrêta quelquesjours pour donner les ordres nécessaires, puis il partit pour Paris , précédépar 20 drapeaux ennemis. Cette campagne pourrait s’appeler celle des trahi-sons; car, si 1812 vit l’armée française vaincue par l’implacable rigueur dessaisons, 1813 fut la date de défections éclatantes et de trahisons nébuleusesqui convertirent en revers les plus courageux efforts du génie d’un chef et dela bravoure de ses soldats. , »
On l’a dit, l’Empereur, arrêté à Erfurth, s’était empressé de réunir le corpslégislatif, qui s’assembla le 19 décembre. Il se sentait le besoin de partager laresponsabilité des événements qui menaçaient la patrie. La coalition triom-phait. Pourtant l’ennemi hésitait à passer le Rhin ; il s’y décida sous l’infati-gable et corruptrice pression de l’Angleterre. L’invasion de la France futdécidée dans un congrès de têtes couronnées, à Francfort , la vieille ville élec_torale. II fut établi que, pour mieux utiliser toutes les chances de la guerre etêtre plus prompts à la rédaction des traités, les deux empereurs de Russie etd’Autriche , ainsi que le roi de Prusse, s’avanceraient à la suite des armées surnotre territoire, fixant leur résidence aussi voisine que possible du quartiergénéral du prince de Schwartzemberg, général en chef de l’armée austro-russe, Blücher commandant l’armée de Silésie, et le comte Bubna l’arméede l’Est.
On était dans les derniers jours de l’année 1813. Les corps ennemis s’accu-mulaient sur les bords du Rhin ; qu’ils s’apprêtaient à franchir. Et comme sicette concentration de forces fût un moyen d’intimidation diplomatique,pour tromper le peuple français et lui rendre son empereur odieux, en lui