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Tome troisième.
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418 HISTOIRE DE L’ARMÉE

et Doumerc, qui, sur l’ordre de Grouchy , tombèrent sur ses colonnes par unede ces charges à fond, à la française , auxquelles rien ne résiste. L’ennemiéperdu fut bientôt pris en queue par la cavalerie de la garde, qui répanditdans ses colonnes débandées la terreur et la mort.

On assure que dans cette confusion extrême, le prince Auguste de Prusse ,Blücher et ses lieutenants Kleist et Kapzewicth furent renversés, foulés auxpieds, et restaient nos prisonniers si, à la faveur de la nuit et de ce grand dé-sordre, ils n’avaient réussi à se remettre sur pied et à s’échapper. L’ardeur denos soldats était telle, et la déroute si complète chez l’ennemi, que pas unpeut-être n’eût échappé si, craignant que les Français ne s’égarassent dans lesbois voisins, le maréchal Ney n’eût fait sonner le ralliement. Ajoutons, pourclore le tableau de ce désastre, que Raguse , échelonné vers Étoges, reçut lesfuyards, leur prit 8 pièces de canon et leur fit 1,200 prisonniers, parmi les-quels se trouva le prince Uwarow. Exténués de fatigue, nos soldats s’arrêtè-rent, tandis que ce qui restait de l’armée de Silésie, se traînant sur les che-mins qu’elle ensanglantait et jalonnait de ses blessés, gagnait péniblement laMarne , se réunissant, le 16, avec d’autres débris, ceux des corps d’Yorck et deSacken.

On ne saurait trop faire ressortir l’inhabile et présomptueuse conduite dugénéral Blücher durant ces journées où il accumula faute sur faute. Lespertes énormes en hommes et en matériel, ainsi que le profond échec poli-tique qui ressortaient de ses étranges opérations, lui méritaient le retrait im-médiat de tout commandement. Si la France avait, elle aussi, soudoyé destraîtres, il y eût eu lieu de croire que Blücher lui était vendu.Mais Wa-

terloo ! Par contre, Grouchy qui, dans toutes ces affaires, s’était conduit avecla plus valeureuse habileté, devait, plus tard, dicter à l’histoire une pageregrettable, mais sur laquelle il y aurait peut-être encore à revenir.

L’armée de Silésie en quelque sorte exterminée, l’Empereur, laissant Mar-mont à Étoges, revint avec Ney et la garde impériale vers la Seine , afin des’opposer aux mouvements des Austro-Russes sur la capitale. En cinq jours decampagne, Napoléon avait affaibli les alliés d’une perte de 32,000 morts,blessés ou prisonniers; il leur avait en plus enlevé 67 bouches à feu. Nos pertesn’excédaient pas 3,000 hommes.

Occupons-nous de la marche sur Paris du général Schwartzemberg, com-mandant en chef de la grande armée alliée, contre les progrès de laquellel’Empereur avait laissé les maréchaux Oudinot et Victor.

Ce dernier avait pris position sur la rive droite de la Seine , laissant la dé-fense de Nogent au général Bourmont, lequel, à défaut de fortifications régu-lières, s’y barricada et fit créneler les maisons d’enceinte. Le général russePahlen se présenta le 11 pour pénétrer dans cette ville : d’abord repoussé, ilalla chercher du renfort, et revint à la charge, mais sans plus de succès. Onne peut prévoir ce qui fût résulté de cette attaque et de cette défense, si lemaréchal Victor, apprenant le passage de la Seine , à Bray, par les Bavarois,n’eût envoyé à Bourmont l’ordre d’évacuer Nogent. Pahlen avait déjà perdu