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Tome troisième.
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420 HISTOIRE DE L’ARMÉE

Un coup de feu ayant renversé le prince de Hohenlohe, le désordre que noscharges vigoureuses avaient déjà déterminé dans les rangs ennemis ne tardapas à être à son comble. Pour se sauver plus vite, les Wurtembourgeois n’eu-rent d’autre parti à prendre que de se précipiter par les chemins et pontsmêmes que battait notre artillerie. Nous pénétrâmes dans la ville, où les habi-tants, maltraités par l’ennemi, prenaient part au combat en lançant par les fenê-tres des pierres et des décombres sur la tête des fuyards. Le soir, l'Empereurétablit à Surville son quartier-général, tandis que les troupes cantonnèrentdans la ville et sur la rive gauche de la Seine. L’ennemi perdit ce soir-là8,000 hommes, dont 5,000 prisonniers, plus 6 canons et 4 drapeaux. Nouseûmes 2,500 hommes hors de combat. Le général Château, gendre du duc deBellune, mourut de sa blessure.

Témoin fidèle des sentiments de Napoléon , qu’il ne quitta point durant cesjournées à la fois glorieuses et pénibles, l’auteur du Manuscrit de 1814 est,selon nous, l’autorité historique chez laquelle il y ait à puiser les appréciationsà la fois les plus justes et les plus curieuses de la situation. Nous ne saurionsdonc mieux faire que d’introduire ses pages dans les nôtres. Elles indiquentavec vérité les causes occultes qui conspiraient contre la France , en ne vou-lant peut-être conspirer que contre Napoléon .

« L’Empereur eut à se plaindre des plus braves. Au combat de Nangis, unmouvement de cavalerie qui eût été fatal aux Bavarois a manqué, et on en afait un reproche à un général connu par son intrépidité, le général L’Héritier.— La nuit dernière, l’ennemi nous a surpris quelques pièces d’artillerie aubivouac, et elles étaient sous la garde du brave général Guyot, commandantles chasseurs à cheval de la garde! — A Surville, au moment le plus chaud del’action, les batteries ont manqué de munitions, et cette négligence, qui est uncrime selon les lois rigoureuses de l’artillerie, semble retomber sur un de nosofficiers d’artillerie les plus distingués, sur le général Digeon! — La forêt deFontainebleau vient d’être abandonnée sans résistance aux Cosaques, et legénéral qu’on accuse de n’avoir tiré aucun avantage, ni d’une pareille position,ni de tels adversaires, c’est Monbrun ! — Enfin, peut-être le combat de Monte-reau n’aurait-il pas été nécessaire, et tant de sang répandu aurait été épargné,si la veille on eût marché assez vite pour surprendre le pont; mais la fatiguea empêché d’arriver, et c’est le duc de Bellune, autrefois l’infatigable Victor,qui a le malheur d’avoir à donner cette excuse 1

« Napoléon ne peut plus contenir son mécontentement. Rencontrant en routele général Guyot, il lui reproche, à la face des troupes, d’avoir si mal gardéson artillerie. Non moins violent envers le général d’artillerie Digeon, il or-donne qu’on le fasse juger par un conseil de guerre; enfin, il envoie au duc deBellune la permission de se retirer chez lui, et il donne ensuite son comman-dement au général Gérard, dont l’activité sait surmonter toutes les difficultésde cette pénible campagne. C’est ainsi que Napoléon s’abandonne à une sévé-rité qui l’étonne lui-même, mais qu’il croit nécessaire dans des circonstancesaussi impérieuses.