ET DE TOUS LES REGIMENTS . 420
Moncey, duc de Conégliano, défendait héroïquement contre les Russes la bar-rière de Clichy.
Les clauses de la capitulation laissaient l’armée française se retirer dans lanuit avec son matériel, c’est-à-dire avant l’entrée des alliés dans Paris . Nossoldats, vaincus par l’immaîtrisable poids du nombre et par les armes secrètesde la trahison, se retirèrent péniblement par la barrière de Fontainebleau .
C’est par cette route que l’Empereur arrive, espérant, s’il ne peut sauver sa, capitale de la profanation étrangère, de pouvoir, en troquant contre la plumedcstraités son épée désormais inutile, discuterenpersonnelesconditions de la paix.Il accourt donc à marches forcées; puis, les avisqui lui parviennent l’instruisentde l’imminence du danger : il devance son armée, dont le concours lui paraîtdéjà devoir être inutile, et se jette en chaise de poste. A cinq lieues de Paris ,relayant à Fromenteau, il apprend que tout est dit... Paris a capitulé! Bientôtil rencontre l’avant-garde de l’évacuation, et le général Belliard lui donnetous les détails des événements. Le duc de Vicence est expédié en hâte à Paris ,pour voir s’il n’est pas temps encore d’intervenir au traité; mais dans la nuitle duc de Vicence lui fait savoir que les destinées de l’Empire sont consom-mées...
Napoléon retourne à Fontainebleau .
Tout l’intérêt de ce grand drame militaire étant désormais enfermé dansParis et dans la personne de Napoléon , nous épuiserons cette partie du récit,pour n’en pas couper la marche par des digressions relatives aux diversesopérations de la résistance française sur divers points du sol envahi.
Fontainebleau devint en peu d’heures le quartier-général de notre désastre;Raguse couvrait ce refuge de l’Empereur par Essonne, et Trévise par Men-necy. Les souverains alliés étaient établis dans les palais de Paris . L’entréedes alliés dans la capitale de l’Empire croulant fut signalée par un déluge delâches et odieux pamphlets contre l’impérial guerrier que l’Europe n’avaitvaincu qu’en s’unissant toute contre lui. Ce débordement de toutes les passionsbasses fut ou provoqué ou au moins favorisé par les agents anglais , qui sehâtaient de consommer la déconsidération, après la perte, du héros dont elleconnaissait trop le génie pour n’en pas redouter encore, si l’on peut dire, legalvanisme. En 1793, les Français , dans un patriotisme cruel, envoyèrent à lamort les jeunes vierges de Verdun, coupables d’avoir complimenté le roi dePrusse... En 1811, ces mêmes Français (non : ne généralisons pas dans ce pé-nible aveu! disons quelques-uns seulement) portaient des bonnets à la Bliicher,lorsque l’ennemi était encore loin de Paris . On vit (et l’histoire s’ennoblit parces aveux d’un pénible éclectisme) les hôtels, les boutiques fermés à l’approchede nos soldats épuisés, s’ouvrir pour les Cosaques et les Pandours; de mêmeque, dans les récentes luttes de l’infortuné Charles-Albert contre Radetzki,dans les plaines lombardes, les paysans gardaient pour le Croate immonde etl’Autrichien oppresseur le pain et l’asile déniés aux Piémontais imprudemmentengagés dans une guerre chevaleresque !
Pourtant l’armée tenait toujours fidèlement pour Napoléon , et répugnait à