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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

coup de fusil ne fut tiré; partout, au contraire, l’enthousiasme des villes ac-compagna ce retour audacieux et béni. La France était en retard d’un an dansson dévouement à l’Empereur...

Le20ausoir, Napoléon couchaitaux Tuileries, résidence abandonnée la veillepar Louis XVIII ; il avait répandu sur son passage une proclamation électrisante,que suivit bientôt une seconde tout aussi magique, dès son arrivée à Paris .Dans ces deux documents, que nous regrettons de ne pouvoir citer, l’Empereurrésume ce qu’est devenu l’esprit français , vers quoi ont tendu les besoinsde la nation depuis vingt ans, et combien ce nouvel état de choses diffère durégime décrépit qu’on voudrait imposer de nouveau à la France . Il montre seshéroïques soldats d’Eylau et d’Austerlitz humiliés par ces Bourbons vers les-quels la trahison et un moment de délire, qu’il oublie, semblaient avoir reportéla nation, et combien ces mêmes Bourbons ont peu répondu aux espérancesqu’on avait fait naître en leur nom. Enfin, il rappelle aux Français qu’ils ontà effacer la souillure du passage de l’étranger, et il électrise les âmes par l’élande son patriotisme et la grandeur de son pardon.

Mais le duc d’Angoulème, qui se trouvait à Bordeaux , en plein foyer bour-bonnien, au moment du débarquement de l’Empereur dans le golfe Juan ,ayant reçu les pleins pouvoirs de Louis XVIII , ne se résigna point à la fuite. Ilsouleva les villes et établit à Toulouse , qui naguère résistait pour sauver l’Em-pire, un gouvernement provisoire, une sorte de régence, pour suppléer au gou-vernement dissous de Louis XVIII et lutter contre le gouvernement de fait deNapoléon . Il se hâta d’organiser une armée dont les divers commandements fu-rent distribués aux généraux Rey, Compans, Ernouf, Loverdo, Gardanne ,Peyremond, Gilly, etc. Le maréchal Pérignon eut la 10 e division militaire(Toulouse ); les personnages les plus agissants autour du duc, en dehors del’armée, étaient le comte de Damas-Crux, M. de Vitrolles et le vicomte d’Es-cars.

Le duc d’Angoulème débuta par quelques succès contre les garnisons im-périales, dans les villes du midi. Mais l’Empereur ne laissa point ce danger sedévelopper. Il fit partir le maréchal Grouchy avec les instructions les plus éner-giques, et Lyon , mis en état de siège, fut le centre du mouvement des troupesimpériales. Instruit de ces faits et du départ pour l’Angleterre de la duchessed’Angoulême , qui s’était vue abandonnée par les troupes, le prince se décidaà la retraite. Peu de jours après, il put s’embarquer à Marseille pour l’Espa-gne , et la garde royale fut licenciée.

Mais Napoléon ne tarda pas à voir les espérances qui avaient accompagnéson retour, affaiblies par l’examen pratique de la situation. Il avait espéré quel’audace heureuse de ce retour déciderait les souverains alliés à ne se plusoccuper des affaires de la France ; mais le congrès de Vienne n’était pas en-core dissous... et Talleyrand s’y trouvait. La guerre fut de nouveau décidée.

L’Europe coalisée n’avait pas encore désarmé, dans la prévision où chaquesouverain se voyait d’avoir à appuyer par une attitude guerrière ses préten-tions dans le partage des pays et provinces, enjeux des dernières luttes.