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Tome troisième.
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iio HISTOIRE DE L’ARMÉE

de se mettre en état de recevoir la bataille imminente. Le 16, dès l’aube, notremouvement commença, et, toutes les troupes ayant pris leurs positions, à deuxheures l’Empereur donna le signal de l’attaque. Le centre de la lutte fut pen-dant longtemps le village de Saint-Amand , tour,à tour pris et repris, et où legénéral Girard reçut une blessure mortelle.

Le village de Ligny, qui donna son nom à cette journée, devint aussi le théâtred’une lutte furieuse, où commandait pour nos armes le lieutenant-général Gé-rard. L’aile droite était aux prises avec l’ennemi à Sombref; la canonnade ton-nait sur toute la ligne. Des ordres et contre-ordres que l’Empereur et Ney(lequel, sentant les Anglais qui s’approchaient, voulait se renforcer pour allerà eux) envoyèrent alternativement au comte d’Erlon, lui firent perdre en mar-ches et contre-marches cette journée durant laquelle furent ainsi inutilisés scs18,000 hommes. Pourtant l’heure avançait, et il était temps que la fortuneprononçât à qui resterait l’avantage de cette journée. Napoléon en décida parson initiative accoutumée. 11 voulut diriger tous ses efforts sur Ligny, s’y jetaimpétueusement, enleva le village; nous occupâmes les hauteurs voisines, etle centre de l’armée ennemie culbuté se retira en désordre, heureux du se-cours de la nuit, qui sauva aussi son aile gauche dans ses ombres, sur les routesde Wavre et de Gembloux . Il paraît que le désordre de cette retraite fut tel,(lue, dans cette première nuit, les généraux prussiens purent à peine réunir30,000 hommes.

Nous avons vu Ney cherchant à attirer à lui les 18,000 hommes de Drouetpour être fortifié dans sa rencontre avec la tète du corps des Anglais ; le maré-chal soutenait seul cette lutte, en avant de Frasne, contre des forces quadru-ples. La victoire de Ligny le sauva, en décidant le général anglais à évacuerles Quatre-Bras pour rejoindre les Prussiens en retraite. Nous restâmes doncpartout maîtres du champ de bataille, ayant causé à l’ennemi des pertes con-sidérables. Celles des Prussiens ne furent pas inférieures à 20,000 hommes,plus, 30 pièces de canon. Blücher faillit être fait prisonnier, et ne dut son salutqu’à la nuit. Nous eûmes, de notre côté, 4,000 tués ou blessés. Ney fut plusmaltraité; sa lutte contre l’armée anglaise lui causa une perte de 6,000 hommes,contre 8,000 qu’il tua à l’ennemi. 3 régiments écossais furent presque totale-ment détruits; le duc de Brunswick fut parmi les morts.

La façon dont nos troupes s’étaient conduites était de nature à donner les plusvives espérances dans l’issue de celte grave campagne; chaque soldat se bat-tait comme s’il eût eu quelque injure personnelle à venger... Et chaque Fran-çais ne l'avait-il pas en effet? Ces Prussiens, toujours battus, quand ils ne furentpas nos alliés, n’étaient-ils point des envahisseurs de la patrie? Mais les Russes manquaient...

L’Empereur, désirant tirer tout le fruit possible de sa victoire, détacha Grou-chy à la poursuite des Prussiens. Il lui confia les forces qui nous firent si dé-plorablement défaut quelques jours plus tard : les 3 e et 4 e corps, la divisiond’infanterie Teste, et la cavalerie Pajol et Excelmans, 38,000 hommes, plus400 bouches à feu. Cette part faite, il se retourna sur les Anglais , se dirigeant