ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 447
18, 4,000 hommes : total, 58,900. La différence en pertes est de 22,400 audétriment des alliés.
Jamais plus affreux spectacle ne fut offert aux yeux de l’humanité que celuique présentait le champ de bataille de Waterloo le lendemain de la bataille.Un des acteurs de cette tragédie sanglante a tenté de la décrire : « Les corpsmutilés et sans vie, dit-il, étaient privés de leurs vêtements; toute chose dequelque valeur avait déjà été enlevée. Le chemin de Waterloo à Bruxelles qui,pendant trois lieues, passe sous les épais ombrages de la forêt de Soignes , étaitencombré de bagages épars, de chariots brisés, de chevaux morts, et presqueimpraticable à cause des grandes pluies et du grand nombre de ceux qui s’yétaient entassés, de sorte qu’on avait beaucoup de peine à faire marcher enavant les chariots des blessés. La route était bordée de malheureux qui s’é-taient traînés là du champ de bataille, et dont un grand nombre, ne pouvantaller plus loin, s’étaient couchés et étaient morts. Des trous creusés à côté duchemin furent leur tombeau, et plusieurs semaines après la bataille la routeétait encore couverte des débris de leurs habillemens. Dans chaque village,chaque hameau, chaque chemin, en un mot partout le pays, on trouvait er-rants des soldats blessés; ceux d’entre eux qui étaient Belges ou Hollandaiss’efforçaient de gagner leurs maisons. Le nombre des blessés était si grand,dit-on, que, malgré les soins les plus actifs et les plus continus, les derniers nefurent amenés du champ de bataille à Bruxelles que le jeudi suivant, c’est-à-dire après y être restés gisants pendant plus de trois jours! »
« A peine la nouvelle de la victoire fut-elle parvenue à Bruxelles et aux en-virons, dit un autre écrivain, mais un étranger cette fois (1), que des femmes,ayant perdu tout sentiment de honte, et des hommes, aussi insensibles qu’elles,se rendirent, dans la nuit du dimanche, sur le champ de bataille. De touscôtés retentissaient les cris de l’agonie et le râle de la mort. Bien des infortunésqui, auparavant, avaient joui de toutes les aisances de la vie, eussent donnéen ce moment tout ce qu’ils possédaient pour approcher de leurs lèvres expi-rantes un peu d’eau fraîche. Loin de compatir à ces souffrances, les misérablesqui étaient répandus sur le terrain, allaient heurtant les têtes de ceux qui gi-saient sans mouvement, de quelque nation qu’ils fussent, non par des motifsd’humanité, mais pour leur voler ce qu’ils pouvaient avoir sur eux. Alors ilsarrachaient les épaulettes, les décorations d’honneur, les galons souillés desang, à ces cadavres auxquels la pâle lueur de la lune donnait un aspect hideux.Ces voleurs couraient rapidement d’un mort à l’autre, et parmi eux se trouvaientdes soldats anglais et hanovriens. Le sang répandu rendait le sol glissant; deschevaux boiteux erraient çà et là, cherchant, mais en vain, quelques brinsd’herbe qui ne fussent pas ensanglantés. Toutes les eaux, également teintes desang, ajoutaient à l’horreur de cette scène affreuse. Ces figures à larges mous-
(1) Il nous semble que dans un ouvrage tout à fait spécial comme celui-ci, où les faits d.-la politique générale ne doivent apparaître que comme fils conducteurs entre les prises d’armesde nos soldats, ce tableau du champ de bataille de Waterloo est comme une sorte d’oraisonfunèbre de l’armée impériale, et par conséquent complètement à sa place.