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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

taches, trempées de sueur, souillées de boue, de sang; ces traits qui expri-maient encore la rage et la férocité du combat, auraient épouvanté d’autresspectateurs. Partout on voyait des débris de fusils, des épées brisées, des por-tions de cadavre; ici un tronc sans tête, là un corps sans bras ou sans jambes,ou encore des tètes isolées. Toutes les distinctions avaient disparu : vainqueurset vaincus, Anglais, Allemands , Hollandais, Ilanovriens, Belges, Prussiens etFrançais , étaient entassés pêle-mêle. Le brave et le lâche étaient étendus l’unprès de l’autre, celui qui avait demandé quartier et celui qui le lui avait re-fusé, l’homme qui bravait à la fois Dieu et Satan et celui qui avait son livrede religion danssa poche. Dans l’espace d'un seul jour cent mille individus, quiétaient dans la vigueur de la jeunesse, étaient tombés pour ne se relever ja-mais.

« Quand le jour parut, ce dut être un bien affreux spectacle que celui que la ra-pacité, le vol, la profanation, ajoutaient aux horreurs déjàréalisées sur le champde bataille. Ces bandes de brigands, tous à l’œuvre, continuaientàla face du so-leil les spoliations immondes dont la nuit avait caché la première ardeur! Cou-verts du sang de ceux qu’ils dépouillaient, ils semblaient appartenir à cetterace horrible des vampires, hôtes familiers des lieux de massacre. Il en ac-courut beaucoup d’autres encore. Alors les recherches devinrent plus actives;on coupa les doigts, on tailla les oreilles pour saisir les anneaux, et quelques-uns de ces malheureux mutilés vivaient encore! On voyait des femmes qui,n’ayant pu s’emparer d’un grand nombre de fusils, à cause du poids, s’en al-laient chargées de faisceaux de baïonnettes suintantes...

«Puis, l’avidité ne s’arrêtant pas, on en arriva à enlever aux morts leurs vê-tements, et la vue de tant de cadavres nus ne put qu’ajouter encore à l’horreurdu spectacle. Et la semaine suivante, lorsque ces corps commencèrent à verdir,noircir, à se putréfier!... Ah! abrégeons ce tableau! »

Les blessés de toutes les nations furent placés dans des chariots et portés àBruxelles . Un petit nombre d’entre eux avaient pu se traîner du champ de ba-taille jusqu’à la ville. Le nombre de ces victimes était si considérable, que niles hôpitaux ni les maisons particulières ne purent suffire à les recevoir. Tropsouvent on en refusa l’entrée aux Français , et on les vit mourir de faim dansles rues. La plus grande partie même des Anglais ne purent être reçus, et res-tèrent en plein air. Les hôpitaux se trouvaient si remplis et les chirurgiens sioccupés, que les bras et les jambes séparés des corps étaient jetés sous les litset s’y entassaient. On voyait dans une même couche un mourant à côté d’unmort... Les mêmes chariots ramenaient du champ de bataille les blessés pourles hôpitaux et les cadavres pour la sépulture...

On ne pourrait non plus décrire la désolation qui régnait dans les campa-gnes voisines du champ de bataille. Les blés en pleine croissance étaient ren-versés et tellement foulés, qu’ils formaient une sorte de boue. Les charges decavalerie avaient presque partout comme labouré le terrain, et les pas deschevaux, profondément imprimés dans la terre, attestaient les points où lesrencontres avaient été les plus meurtrières. Toute la campagne offrait d’af-