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Tome troisième.
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458 HISTOIRE DE L’ARMÉE

captif. Le ministre de la guerre avait écrit à Becker en ces termes : a L’inten-tion de la commission du gouvernement est que la surveillance nécessaire soitexercée pour empêcher l’évasion de sa majesté. »

Que de réflexions douloureuses ferait naître le rapprochement singulierde ces deux mots : évasion et sa majesté ! ne serait-ce pas là une dérision cruelle,si ce n’eût été sans doute une inadvertance du prince d’Eckmülh, ou plutôt si,comme l’affirme M. de Las Cases , le loyalDavoust ne se fut refusé à signer cettelettre !

Becker ne devait, selon les instructions du gouvernement provisoire, s’enséparer que sur le navire à la voile pour quitter la France . Becker accomplitcette fâcheuse mission avec loyauté et délicatesse; il sut concilier à la fois depérilleux devoirs et le respect dû à une aussi éclatante infortune.

Napoléon quitta la Malmaison le 29 juin. Le 3 juillet, il arrivait à Roche fort,où son frère Joseph vint le rejoindre. L’accueil que la population fit au hérosmalheureux fut de nature à adoucir les blessures de son âme. Pourtant, làaussi, il se trouva, comme partout, des ingrats naguère comblés de ses bien-faits. On fut surtout, à bon droit, étonné de cette mission occulte, et, par bon-heur, trop tardive, qu’avait acceptée un ancien officier du bataillon des marinsde sa garde (t)... Mais jetons sur les lâchetés d’une époque encore trop près, de nous pour ajouter des noms à la nomenclature des traîtres, un voile quepeu à peu saura déchirer l’inexorable histoirelUn autre sujet d’étonnement dut être le choix du port de Rochefort pourl’embarquement, sans considérer que c’est celui de tous nos ports militairesdont le blocus est le plus facile, et que Napoléon ne pouvait y parvenir qu’àtravers la Vendée , redevenue le théâtre des guerres civiles, et où le fanatismeaveugle pouvait faire craindre pour lui le renouvellement de la scène d’Orgon ,petite ville de Provence, où, se rendant de Fontainebleau à l’île d’Elbe , on sesouvient qu’il faillit être assassiné. En dirigeant l’Empereur sur Brest , tous lesdangers de la route disparaissent; ce port, qui ne peut jamais être complète-ment bloqué, et d’où l’on sort quand on veut, ne manquait pas de frégatesprêtes à prendre la mer, et un grand nombre d’officiers de marine, endossantla veste du matelot, eussent revendiqué l’honneur d’escorter et de défendreleur chef malheureux. Le choix fait de Rochefort reste donc une énigme dulong et désastreux ministère de Decrès . Le 8, il s’embarqua avec l’intention dese rendre aux États-Unis . L’Empereur monta en canot, accompagné de Ber-

(1) Quelle pouvait être cette mission qu’il était trop tard pour remplir après que Napoléoneutquittéla radede l’iled’Àix? S’agissait-il de le livrer àla vengeance du parti légitimiste? Vou-lait-on en faire un holocauste, et lui réservait-on le sort que subirent bientôt après Neyet La-bédoyère? On conçoit le secret gardé à ce sujet par la Restauration; mais on pouvait penserqu’aprèsdes révolutions nouvelles, ce fait eût pu cesser d'être un mystère, par égard pour l’hon-neur de quelques hommes encore vivants, et pour la mémoire de ceux qui sont morts. Tel estle malheur des temps de révolution, où les citoyens se rangent sous des bannières différentes,qu’il est impossible de blanchir les uns sans salir les antres... Laissons donc ce pénible devoirà la postérité !