459
ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
Irand, Rovigo, Gourgaud et Becker, pour aller en rade de l’île d’Aix. Sasuite prit place dans les autres embarcations préparées par les soins du préfetmaritime; il fut accompagné par les cris de dévouement et de regret dont lapopulation saluait une dernière fois sa grande infortune. Les frégates la Saale ,sous les ordres du commandant Philibert, et la Méduse, capitaine Ponée, mouil-lées en rade, attendaient l’arrivée de l’Empereur. Tout le respect et les sym-pathies que la présence de Napoléon éveillait dans l’âme des soldats, semblaientalors être passés dans le cœur des marins, dont l’attitude, à son approche, étaitcelle d’une affliction profonde. Napoléon monta sur la Saale . Dès ce moment,on peut dire qu’il était prisonnier. Voici son écrou, rédigé par le duc d'Otrante ,et transmis, en suivant la cascade hiérarchique, de Decrès au préfet maritimede Rochefort, et de ce dernier au capitaine Philibert, de la Saale , officierqu’une mort prématurée vint enlever aux faveurs dont il commençait à êtrel’objet sous la restauration.
« Le duc d’Otrante au ministre de la marine.
« Il faut faire exécuter l’arrêté tel que la commission l’avait prescrit hier,et d’après lequel Napoléon Bonaparte restera en rade de l’île d’Aix jusqu’à l’ar-rivée des passe-ports. Il importe au bien de l’État, qui ne saurait lui être indif-férent, qu’il y reste jusqu'à ce que son sort et celui de sa famille aient été réglésd’une manière définitive. Tous les moyens seront employés pour que la négo-ciation tourne à sa satisfaction; mais, en attendant, on doit prendre toutes lesprécautions possibles pour la sûreté personnelle de Napoléon , et pour qu’il nequitte point le séjour qui lui est momentanément assigné, aL’arrêté sur lequel s’appuyait Fouché portait :
« Article 5. — Les frégates ne quitteront pas la rade de Rochefort avantque les sauf-conduits demandés soient arrivés, aOn s’est cru fondé à faire un reproche à Napoléon de ne s’être pas hâté deprendre la mer dès son arrivée à Rochefort, alors que les Anglais ignoraientencore sa détermination, son départ de Paris et la route qu’il avait prise enquittant la capitale, et que, par conséquent, on pouvait espérer de mettre plusaisément en défaut leur surveillance. Son retard de cinq jours avant des’embarquer ne se concevait pas à cette époque, et ne s’expliquerait aujour-d’hui même qu’en supposant qu’il possédait une connaissance exacte desordres du gouvernement provisoire; et cette supposition, que bien peu songè-rent à faire, paraît aujourd’hui toute naturelle. Qu’importait, dans ce cas, quedes chances heureuses pour son départ vinssent à se présenter (et il s’en pré-senta), puisqu’il était matériellement impossible d’en profiter? En vain unebrise favorable et la dispersion des croiseurs anglais eussent concouru à favo-riser son passage, le capitaine Philibert eût opposé l’arrêté de la commissionet la teneur précise des ordres qu’il avait reçus en conséquence. Il y a néan-