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HISTOIRE DE L’ARMÉE
officier avait ordre, rencontrant l’ennemi, de n’engager le combat cjn’en rom-pant, en s’échelonnant, de façon à l’amener devant les positions avantageusesque les nôtres avaient pu prendre.
11 faut rappeler que ce que l’on appelle routes, en Espagne , ne sont la plu-part du temps que de simples sentiers tordus dans les montagnes, et perdantleurs méandres au milieu des rocs, des bois, des plantations irrégulières ou sau-vages. La route de Llado à Besalu était de cette espèce, et encore se compli-quait-elle de ravins ou de pentes ardues sur les collines. Le capitaine d’Eyra-gues, conduisant sa petite colonne, venait de descendre un vallon boisé,lorsque les coups de feu des éclaireurs annoncèrent la rencontre de l’ennemi,posté sur la déclivité supérieure. Les nôtres durent regravir la côte pour atta-quer, dans son avantage de position,un ennemi qu’ils ne voyaient pas. Et à peineavions-nous franchi la moitié de cette ascension périlleuse, qu’une terrible dé-charge, partant avec ensemble du terrain élevé, accabla nos soldats sous unfeu croisé : deux balles renversèrent M. d’Eyragues.
Le bruit de cette décharge apprit à M. de Damas que son avant-garde étaiten présence de ceux qu’on cherchait. Le général Maringoné se trouva le pre-mier arrivé pour dégager et soutenir le petit détachement compromis. Char-geant en colonne, il se vit débordé de tous côtés par un ennemi bien supérieuren nombre, ce qui n’empêcha point nos braves de faire face à toutes les atta-ques. Nos grenadiers tirent des prodiges, et nos compagnies du centre, atta-quées par la cavalerie ennemie qui espérait en défoncer les rangs, mirent tantd’ardeur au combat, qu’elles en renversèrent une bonne partie. L’ennemi, dé-concerté, se replia un moment, puis revint à l’attaque sur notre droite, abor-dant M. de Boncliamps, chef du 5 e bataillon de ligne. Là encore, les Espagnols subirent une perte considérable. Cependant des renforts leur arrivèrent, lefameux bataillon de transfuges s’avança aux cris de Vice Napoléon II ! M. deBoncliamps, se voyant presque débordé, réunit ses deux compagnies de grena-diers en une double ligne, qui s’élança au pas de charge, la baïonnette enavant. Les Constitutionnels, toujours très-intimidés de cette façon si meurtrièrede combattre, rompirent et abandonnèrent leur position.
Repoussé sur ce point, l’ennemi, par une prompte manœuvre, se porta surla route de Saint-.Martin-de-Sasseras, dans l’espoir d’arriver encore à tempspour s’emparer de Llado. De notre côté, nous avions reformé nos lignes. Lebataillon du 8 e , que commandait M. Richard, occupait la gauche dans un fortbon choix de terrain. Ce qui restait du 5 e de ligne et une partie des troupesroyalistes, étaient engagés en avant de notre droite ; 200 royalistes espagnols etla cavalerie formaient toute notre réserve. L’ennemi continuait le mouvementqui couvrait peu à peu notre droite, ce qui décida M. de Damas à affaiblir lagauche, en faisant marcher sur l’aile menacée le bataillon du 8 e et la cavalerie.Ce mouvement était à peine accompli qu’une colonne de 300 Constitutionnels,qui se dirigeait vers Llano, commença son feu sur notre droite. L’ennemi futrepoussé, et la nuit qui survint nous empêcha de suivre sa retraite dans sespremières positions. On avait combattu durant six heures. Los Français bi-