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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
porter le drapeau français jusque sur l'Atlas, se prépara à cette expédition.Blidali, ou Relideah, dont la population était alors d’environ 3,000 âmes, setrouve à 8 lieues d’Alger , au pied du petit Atlas, dans une campagne char-mante. C’était l’entrepôt du commerce entre Alger et l’intérieur de l’Afrique .Décidé à s’y rendre, le maréchal de Bourmont s’apprêtait à tromper les espé-rances du heyde Titlcry, en plaçant le district de Blidali sous le gouverne-ment d’un aga particulier. Mais on savait que les Kabyles tenaient pour le Bcy,et c’était principalement dans le but de pacifier les esprits que l’expéditionétait entreprise.
Les généraux Lahitte, d’Escars, Desprez et Hurel, suivis d’un nombreuxétat-major, furent désignés pour accompagner le maréchal; les forces de l’ex-pédition étaient de 1,500 hommes d’infanterie, d’un escadron de hussards etd’une demi-batterie de campagne. Au fond, cette excursion n’était considérée(pie comme une promenade militaire, dont le but pouvait être d’installerl’aga, qu’on emmenait d’Alger . Le corps expéditionnaire traversa les hauteursdont l’amphithéâtre couronne Alger , et franchit l’affluent de l’IIaraclit quilimite l’immense plaine de la Mitidja , bornée au sud par le petit Atlas, etau nord par les collines qui la séparent delà mer, en s’étendant ailleurscomme un lac vers l’horizon. Quoique inculte, lit-on dans un ouvrage surnos guerres d’Afrique , cetle plaine offrait des pâturages abondants et d’agréa-bles bosquets d’arbres. En approchant de l’Atlas, on trouva que le paysages’embellisait ; de vastes champs de lauriers roses, des haies touffues de len-tisques, d’oliviers, d’où sortaient de larges feuilles d’aloès et de grosses figuesde Barbarie, des champs de tabac et de maïs, des blés coupés et des vigneschargées de grappes déjà mûres, annonçaient un pays cultivé et une popula-tion civilisée.
Les troupes marchaient depuis douze heures par une chaleur que tempé-rait une brise légère, continue l’ouvrage indiqué, lorsqu’on aperçut à tra-vers les arbres des jardins, la ville et les minarets de Blidali. Toute la popu-lation mâle de cette ville en était sortie pour venir au-devant des Français , etleur offrir des rafraîchissements et des fruits, qui furent, au reste, payés gé-néreusement. Les Français entrèrent dans la ville où une nuit tranquille leurfit oublier les fatigues de la journée. Le lendemain, à cinq heures du matin,le maréchal alla reconnaître les sources qui coulent de l’Atlas, ensuite il ins-talla dans ses fonctions l’aga que les habitants parurent bien accueillir. Pen-dant la journée tout parut tranquille ; des groupes de Kabyles, descendus del’Atlas, se montrèrent vers le soir en assez grand nombre jusque dans la ville,où leur présence semblait donner de l’inquiétude aux habitants eux-mêmes.A onze heures de la nuit, quelques coups de fusils se firent entendre autour dela maison occupée par le général en chef. M. de Trélan, son premier aidc-dc-camp, sortit pour voir ce qui se passait , et fut bientôt rapporté blessé mor-tellement. Les bivouacs français furent aussitôt attaqués : une vive fusillades’engagea sur toute la ligne; on n’eut que le temps de se mettre en défense etd’opérer un mouvement de retraite. Les Kabyles arrivaient de tous côtés et