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HISTOIRE DE L’ARMÉE
attaquaient partout avec audace, sans se laisser intimider par les déchargesde l’artillerie. Cependant les Français s’étant formés en colonne, se mirent enmarche pour retourner à Alger , avec des tirailleurs pour avant-garde et lacavalerie sur les flancs. Cette marche fut longue et périlleuse ; les Kabylesharcelaient les troupes avec acharnement. Plusieurs fois elles furent obligéesde se former en carré et d’employer l’artillerie pour les éloigner. L’état-majorse trouva engagé dans une charge, et le général Desprez faillit tomber entreles mains de l’ennemi. Les Arabes ne cessèrent leur attaque qu’à la vue desavant-postes d’Alger. Retournés à Blidah , ils se vengèrent sur les Juifs et lesMaures du bon accueil fait aux Français : la ville fut livrée au pillage; l’agaetses gardes maures étaient revenus à Alger avec nos troupes. Cette excursionprouva que la population arabe était encore loin d’être soumise. Les négocia-tions entamées avec quelques chefs de tribus furent rompues. L’idée que lemouvement opéré sur Blidah avait pour but de couper leurs communications,de les envelopper et de les détruire successivement, effraya les Arabes. Ilsjurèrent de se venger ; et, sur le point de se montrer amis utiles, ils devinrentd’implacables ennemis.
Mais soudain une corvette venant de Toulon entre dans la baie... ; elle portele pavillon tricolore ! Les dépêches qu’elle apporte au maréchal de Bourmontlui apprennent qu’une révolution a renversé la branche aînée des Bourbons,et que le roi s’est embarqué pour l’Angleterre. Le maréchal assemble sonconseil, on délibère. La première mesure est défaire prendre à l’année lavieille cocarde d’Austerlitz et de Wagram ; puis on décide l’évacuation d’Oran et de Boue, où nos troupes ne sont pas en forces suffisantes pour affronter lespérils de l’occupation. Le 2 septembre, le général Clausel est apporté à Alger par le vaisseau VA Ujésiras ; il est chargé par le nouveau gouvernement de rem-placer le maréchal de Bourmont. La première mesure du nouveau chef est uneproclamation à l’armée, pour lui apprendre la révolution de juillet, la chutede Charles X et l’avénement de Louis-Philippe , «qui réunissait — disait laproclamation — à la légitimité du droit la légitimité du choix et de la né-cessité... , et sous qui tous les droits de l’armée seraient religieusement res-pectés. » Le maréchal de Bourmont publia de son côté une seconde procla-mation pour annoncer à l’armée qu’il remettait son commandement à sonsuccesseur. On lisait dans ce document « qu’en s’éloignant de ces troupesdont la direction lui a été confiée dans une campagne qui n’a pas été sansgloire, il éprouve des regrets qu’il a besoin de leur exprimer. Il eût été heu-reux qu’avant son départ ceux dont il a signalé le dévouement en eussentreçu le prix ; mais le choix de son successeur leur garantit que cette dette seraacquittée. »
Le maréchal de Bourmont écrivit au ministre de la guerre pour lui annon-cer son désir de passer quelque temps à l’étranger; il ne s’expliquait point,dans cette lettre, sur le serment qu’il avait à prêter au nouveau gouver-nement. L’amiral Dupcrré ne crut pas pouvoir mettre un bâtiment deson escadre à la disposition du maréchal pour débarquer ailleurs qu’en