ET I)E TOUS LES HÉGIMENTS. T!
son complément comme blocus, et le maréchal Gérard, rappelant les siègesde 1746 et de 1792, durant lesquels la neutralité de la ville avait été procla-mée, bien que les assiégeants se servissent des ouvrages extérieurs, le maré-chal, disons-nous, refusa la condition ennemie. Alors le général Chassé déclaraqu’un premier coup de canon tiré de ces ouvrages il bombarderait la ville,déclaration qui jeta la terreur parmi les habitants, dont un grand nombrequittèrent leurs foyers, en emportant ce qu’ils avaient de plus précieux, malgréles difficultés de la saison rigide.
Jugeant que toute entente sur ces points était impossible, le maréchalGérard se décida à ouvrir la tranchée. Ce fut durant la nuit du 29 au 30 no-vembre que cette délicate opération eut lieu, à 300 mètres des ouvrages lesplus avancés de la citadelle; le duc d’Orléans la dirigeait au milieu des diffi-cultés de la saison, qui embourbait les travailleurs. Mais rien ne pouvaitarrêter l’ardeur'de nos soldats, qui, le 3 décembre, réussissaient à établir laseconde parallèle sous la mitraille ennemie. Le 4, nos pièces étaient en bat-terie, et nous commencions un feu de 182 canons, auxquels furent bientôtajoutés 22 mortiers. Ce feu, très-ardemment entretenu sur la lunette Saint-Laurent et sur la citadelle, protégea l’active poursuite de nos travaux. Bientôtnous eûmes en batterie 400 pièces d’artillerie, qui, sans cesser ni jour ni nuit,tirent pleuvoir sur la citadelle une effroyable grêle de projectiles de toutcalibre. Mais nous devons nous hâter de dire que le feu des Hollandais ne lecédait point au nôtre en activité et en pointage habile, et la lune venant enaide à l’ennemi, nos cheminements vers la lunette Saint-Laurent en étaient,sinon entravés, du moins rendus fort périlleux. Cependant nous avancionsd’une façon sensible.
« Le mineur qui, dans la nuit du 10 au 11 décembre, avait été, à l’aide d’unradeau, attaché à l’escarpe de la lunette Saint-Laurent, — dit l’ordre du jourde l’armée du 10 novembre 1832, — continua son travail dans les nuits sui-vantes avec beaucoup de difficultés et de peines. Dans la journée du 13, unautre mineur fut presque enterré sous un éboulement. Malgré les obstacles, lamine fut prête à jouer le 14. Le capitaine des mineurs, Jallot, conduisit par-faitement cette opération délicate, dans laquelle les mineurs méritèrent lesplus grands éloges, particulièrement le sergent Fabre. Au soir, trois nouveauxradeaux furent lancés, et, avec des fascines garnies de pierres, on combla lefossé pour faire un pont à la troupe qui devait escalader la brèche aussitôtaprès l’explosion de la mine. Trois compagnies d’élite du 03 e furent comman-dées pour l’assaut, et réunies près de remplacement où elles devaient agir.L’établissementdupontcmployaune grande partie de la nuit ; les travailleursmontrèrent un grand zèle, encouragés par l’exemple des sergents-sapeursDousquette, llébrard et Delair. On eut soin d’occuper constamment l’attentionde l’ennemi par un feu soutenu d’artillerie et de mousqueterie. Vers cinq heu-res du matin, la mine sauta et produisit une brèche praticable ; mais l’explosionendommagea le pont ; il fallut encore perdre une demi-heure de nuit pour leréparer. Le succès de l’opération, que dirigeait habilement le général Ilaxo,