254
Lettre
comme un livre classique pour les remarques que j En’ai données que fur votre décision.
Je prends aujourd’hui la liberté de vous demanderdes leçons fui les fautes où je fuis tombé dans latragédie d’Irène. Je n’en fais tirer quelques exem-plaires que pour avoir f honneur de vous consulter,& pour suivre les avis de ceux d’entre vous quivoudront bien m’en donner. La vieillesse paffe pourincorrigible , & moi, Messieurs , je crois qu’on doitpenser à se corriger à cent ans. On ne peut se donnerdu génie à aucun âge , mais on peut réparer sesfautes à tout âge. Peut-être cette méthode est la feulequi puisse préserver la langue française de 1 la corrup-tion qui semble, dit-on, la menacer.
Racine, celui de nos poètes qui approcha le plusde la perfection, ne donna jamais au public aucunouvrage fans avoir écouté les conseils de Boikaukde Patru : aussi c’est ce véritablement grandhommequi nous enseigna, par son exemple, sart difficilede s’exprimer toujours naturellement, malgré la gèneprodigieuse de la rime ; de faire parler le cœur avecesprit sans la moindre ombre d’assectation ; d’em-ployer toujours le mot propre souvent inconnu aupublic étonné de Fentendre. Invenit verba quiíusdeberent loqui, dit si bien Pétrone: il inventa Fart des’exprimer.
II mit dans la poésie dramatique cette élégance,cette harmonie continue qui nous manquait absolu-ment , ce charme secret & inexprimable, égal à celuidu quatrième livre de Virgile; cette douceur enchan-teresse qui sait que quand vous lisez au hasard dix