de M. de Voltaire. 261
base du peu de tragédies que nous avons de lui,excepté dans Esther 8c dans Athalie. II est beau,fans doute, à une dame de réprouver cette passionuniverselle qui fait régner son sexe ; mais quelleexamine cette Bérénice tant condamnée par nous-mêmes , pour n’être qu’une idylle amoureuse. Que leprincipal personnage de cette idylle soit représentépar une actrice telle queM lle Gaujsin , alors je répondsque Madame Monlagu versera des larmes. J’ai vu leroide Prusse attendri à une simple lecture de Bérénice,qu’on lésait devant lui, en prononçant les vers commeon doit les prononcer, ce qui est bien rare. Quelcharme tira des larmes des yeux de ce héros philoso-phe? la seule magie du style de ce vrai poète, quiimnit vtrba quibus deberent loqui.
Les censures de réflexion n’ôtent jamais le plaisirdu sentiment. Que la sévérité blâme Racine tantquelle voudra, le cœur vous ramènera toujours àses pièces. Ceux qui connaissent les diíhcultésextrêmes, 8c la délicatesse de la langue française,voudront toujours lire Sc entendre les vers de cethomme inimitable, à qui le nom de grand n’a manquéqueparce qu’il n’avait point de frère dont il fallût ledistinguer. Si on lui reproche d’être Te poète del'amour, il faut donc condamner le quatrième livrede Virgile. On ne trouve pas quelquefois assez deforce dans ses caractères 8c dans son style, c’est cequ’on a dit de Virgile; mais on admire dans l'un &dans s autre une élégance continue.
Madame Montagu s’efforce d’être touchée deshautes d’Euripide, pour tâcher d’être insensible aux
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