d e M. de Voltaire. 263
encore mouillés des larmes d’admiration 8c d’atten-drissement que la centième lecture d’Iphìgénie vientde m’arracher.
Je dois ajouter à cet extrême mérite d’émouvoirpendant cinq actes, le mérite plus rare 8c moinssenti de vaincre pendant cinq actes la difficulté dela rime 8c de la mesure, au point de ne pas laisseréchapper une feule ligne, un seul mot qui sente lamoindre gêne, quoiqu on ait été continuellementgêné. C’est à ce coin que sont marqués le peu debons vers que nous avons dans notre langue.Madame Montagu compte pour rien cette difficultésurmontée. Mais,Madame, oubliez-vous qu il n’y ajamais eu fur la terre aucun art, aucun amusementmême où le prix ne fut attaché à la difficulté ? Necherchait-on pas dans la plus haute antiquité àrendre difficile l’explication de ces énigmes que lesrois se proposaient les uns aux autres ? N’y a-t-ilpas eu de très-grandes difficultés à vaincre dans tousles jeux de la Grèce, depuis le disque jusqu’à lacourse des chars ? Nos tournois , nos carrouselsétaient-ils si faciles? Que dis-je? aujourd’hui dansla molle oisiveté où tous les grands perdent leursjournées depuis Pétersbourg jusqu’à Madrid, le seulattrait qui les pique dans leurs misérables jeux decartes, n’est-ce pas la difficulté de la combinaison,sans quoi leur aine languirait assoupie?
Ilest donc bien étrange, 8c j’ose dire bien barbare,de vouloir ôter à la poésie ce qui la distingue dudiscours ordinaire. Les vers blancs n’ont été inventésque par la paresse 8c l’impuissance de faire des vers
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