Band 
Tome sixieme.
Seite
266
JPEG-Download
 

266 Lettre de M. de Voltaire.

N’en serions-nous pas autant pour Shakespeare , s’ilavait ressuicité l’art des Sophocles , comme MadameMontagu , ou son traducteur ose le prétendre ? Neverrions-nous pas M. de la Harpe , qui combat pourle bon goût avec les armes de la raison, élever savoix en faveur de cet homme singulier ? Que faic-ilau contraire ? il a eu la patience de prouver dansson judicieux journal ce que tout le monde sent :que Shakespeare est un sauvage avec des étincelles degénie qui brillent dans une nuit horrible.

Que T Angleterre se contente de ses grands hommesen tant de genres : elle a assez de gloire La patriedu Prince noir 8c de Newton peut se passer du méritedes Sophocles , des %euxis , des^ Phidias , des Timothécsqui lui manquent encore.

Je finis ma carrière en souhaitant que celles denos grands hommes en tout genre soient toujoursremplie par des successeurs dignes d’eux ; que lessiècles à venir égalent le grand siècle de Louis XIV,& qu’ils ne dégénèrent pas en croyant le surpasser.

Je suis avec un profond respect,

Messieurs,

Votre très-humble , très-obéissant, & très-obligéserviteur & confrère, &c.

t