336 Supplice.
Ensuite il recevait l’esprit : on le lui conférait en luisoufflant dans la bouche , parce qu’il est dit dansS 1 Matthieu que Jésus souffla sur ses disciples avant famort : il était hors de lui-même; il avait des convul-sions ; il changeait de voix ; il restait immobile, égaré,les cheveux hérissés, selon l’ancien usage dc toutes lesnations , 8c selon ces règles de démence transmises desiècle en siècle. Les enfans recevaient ainsi le don deprophétie ; 8c s’ils ne transportaient pas des montagnes,c est qu’ils avaient assez de foi pour recevoir l’esprit,8c pas assez pour faire des miracles : ainsi ils redou-blaient de ferveur pour obtenir ce dernier don.
Tandis que les Cévènes étaient ainsi l’école del’enthousiasme , des ministres qu’on appelait apôtres ,revenaient en secret prêcher les peuples.
Ministre ClaudeBroujfon , d’une famille considérée de Nîmes,
ie- homme éloquent 8c plein de zèle, très-estimé chez lesétrangers , retourna dans fa patrie en 1698 , y futconvaincu , non-seulement d’avoir rempli son minis-tère malgré les édits, mais d’avoir eu dix ans aupara-vant des correspondances avec les ennemis de l’Etat.En effet , il avait formé le projet d’introduire destroupes anglaises 8c savoyardes dans le Languedoc. Ceprojet écrit de fa main, 8c adressé au duc de Schomberg ,avait été intercepté depuis long-temps , 8c était entreles mains de l’intendant de la province. Broujfon errantde ville en ville fut saisi à Oléron, 8c transféré à lacitadelle de Montpellier. L’intendant 8c ses jugesl’interrogèrent ; il répondit qu’il était l’apôtre deJesus-Christ , qu’il avait reçu le S T Esprit, qu’ilne devait pas trahir le dépôt de la foi, que son devoir
etait