Buch 
1 (1813) Pièces sous le gouvernement consulaire / extraits du Moniteur, par Lewis Goldsmith
Entstehung
Seite
149
JPEG-Download
 

149

Le Ministre de VIntérieur an Citoyen Mahereue.lt, Commissaire deGouvernement près le Théâtre Français de la République. — .

Palis, le 8 Germinal, An 9.

J’ai lu, Citoyen, avec autant de surprise que de mécontente»ment, les deux arretés que vous m’avez présenté au nom des artistessociétaires du Théâtre de la République. Le fond, la forme, letitre même de ces deux pièces prouvent évidemment que L’hu-meur et l’amour-propre peuvent égarer la société la plus éclairéeau point de lui faire oublier ses devoirs, méconnaître les principesde son existence, et dénaturer toutes les idées d’ordre et de sub-ordination.

Les altistes du Théâtre de la République invoquent l’ancienreglement des comédiens du roi à l’appui de leurs prétentions.Ils s'efforcent de prouver, par un commentaire péniblementingénieux, que ce réglement leur donne le droit d’altérer, par laconfusion de tous les genres sur la scene Française , l’honorabledépôt du goût et du génie, et de précipiter la ruine de l’art dra-matique, en fixant l’ordre des débuts d’après leurs caprices ou leurspassions. Ainsi leur désobéissance, leurs délibérations, la résis-tence opiniâtre qu’ils opposent au vœu du gouvernement, tout celase commet sous la protection de leurs statuts surannés. Je neles croyais pas capables d’un respect si religieux pour un réglementqui, dan3 le cours d’une révolution qui a tout régénéré, a leçu sisouvent des atteintes et des limites; je pensais même que cetterévolution, en leur procurant une existence méritée et des avan-tages long-temps désirés, avait acquis à leurs yeux le droitde substituer des principes à des préjugés. Je persiste dans cette,opinion; et je me fllattequc les artistes du Théâtre de la Répu-blique permettront au ministre de l’intérieur d’opposer ses observa-tions à leurs arrêtés.

J’observe donc que c’est une erreur très-grave de regarder lesthéâtres, et surtout celui de la République , comme des pro-priétés particulières. Leur exploitation ne doit jamais être uneentreprise indépendante. Dans tous les pays policés, le gouverne-ment exerce une surveillance directe sur les spectacles ; en France ,oâ les premiers théâtres sont à la fois des momunens de gloirenationale et des moyens d’influence politique, l’autorité joint auxbienfaits d’une protection plus éclatante, les soins d’une directionplus immédiate.

Le Théâtre de la République doit être, plus qu’aucun autre,soumis a cette direction, parce que la cupidité d'une ad uinistra-tion libre, qui ne verraient dans les représentations dramatiquesque 1 objet d’uue spéculation mercantile, aurait le double incon-'ement d’avilir bientôt la dignité de la scene Française , et de cor-rompre une des sources les plus fécondés de l’instruction. L’artdramatique est, parmi nous, une véritable institution politique,destinée à épurer la morale, à conserver le goût, à former l’opi-mon, et pour ainsi dire, à suppléer aux lois qui ne peuvent at-teindre la pensée, ni diriger l’esprit et l'imagination ; ses effets