sont aussi puissans que variés, et le gouvernement méconnaîtraitses devoirs, encore plus que ses droits, s’il abandonnait cet art auxcaprices des passions et aux calculs de l’intérêt.
C’est d’après ces principes qu’il faut apprécier les deux arrêtésdes artistes sociétaires du Théâtre de la République. Le butavoué de ces délibérations est de ravir à l’autorité supérieure ledroit de fixer le genre, et d’influer sur le choix des pièces des-tinées au théâtre qui lui appartient, et le droit non moins utiled’empêcher qu’on éloigne de la scene les débutans, à qui lajusticeet l’intérêt de l’avenir ordonnent qu’on prodigue tous les encou-ragemens. Or, ce sont ces droits mêmes que le gouvernementveut et doit expressément conserver ; il le veut, parce qu’uneautorité bienfaisante et protectrice ne renonce point à son influencesur un théâtre utile à ses desseins, et pour lequel les sacrificessont aussi connus que multipliés. Il le doit, parce que la perfec-tion de l’art dramatique en France , exige que le Théâtre Nationalsoit exclusivement consacré aux deux genres qui l’ont enrichi deleurs chefs-d’ouvres, et parce qu’un gouvernement environné detous les genres de gloire, sait apprécier celui dans lequel nosrivaux mêmes ne contestent pas notre supériorité.
Il serait peu convenable, après ces observations générales, decombattre les motifs particuliers qui, suivant les artistes duThéâtre delà République , justifient leur conduite et leurs pré-tentions. Le plus étrange, sans doute, est celui qu’ils ont puisédans le titre d'entrepreneurs ; ont-ils donc réfléchi que, s’il fautconsidérer leur société comme une compagnie de marchands, et1 l’art qu’elle cultive comme une entreprise de commerce, le gou-vernement a le droit le plus incontectable d’en partager la direction,puisqu’il fournit le fonds et les moyens d’exploitation 1 11 estévident que les sociétaires du Théâtre Français méconnaissent lanature des transactions particulières, comme celle des établisse-mens publics; et ou’ils ont besoin, sur l’une et sur l’autre, d’êtrerappelés aux premiers principes de l’ordre social.
J’ai voulu, citoyen, vous les retracer ici pour prouver aux arlistes du Théâtre de la République, que mon autorité n’a poiut étésurprise, et que les ordres qu’ils ont reçu de ma part sont lerésultat d’une conviction profonde et d’une volonté réfléchie.Après avoir pris soin de les motiver, je vous donne de nouveau.Je renouvelle expressément la çlefense de jouer des opérascomiques modernes sur la scene Française. Le sort du vaude-ville qu’on y avait reçu, à l’unanimité, prouve quels égards niérilel’opinion, des artistes les plus estimables, dans un genre qui butest absolument étranger. On aurait droit de leur demander unjugement plus sur dans un genre qui leur est particulier. Ce-pendant, ils ont rejeté, avec la même unanimité, une piece où jetrouve, comme les connaisseurs les pics difficiles, des détails in-génieux et brillans, soutenus par le charme d’un style plein definesse, d’élégance et de correction. Le public, juge en dernierressort de toutes lus productions littéraires, ne m’a point ac-