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iiisnu’à un certain point, sans qu’ils s’en doutent, leurs actions etleurs pensées. Si l’orgueil de leur raison les rend sceptiques, leursens et leur cœur déjouent plus d’une lois les sophismes de leurraison.
La multitude est d’ailleurs plus accessible à la religion qu’auscepticisme ; conséquemment les idées religieuses ont toujours unegrande influence sur les hommes en masse, sur les corps de na-tion, sur la société générale du genre humain.
Nous voyons les crimes que la religion n’empêche pas; maisvoyons-nous ceux qu’elle arrête ? Pouvons-nous scruter les con-sciences, et y voir tous les noirs projets que la religion y étouffe ettoutes les salutaires pensées qu’elle y fait naître? D’où vient queles hommes, qui nous paraissent si mauvais en détail, sont enmasse si honnêtes gens ? Ne serait-ce point que les inspirations,les remords auxquels des méchans déterminés résistent, et auxquelsles bons ne cedent pas toujours, suffisent pour régir le généraldes hommes dans le plus grand nombre de cas, et pour garantir,dans le cours ordinaire de la vie, cette direction uniforme et uni-verselle sans laquelle toute société durable serait impossible.
D’ailleurs on se trompe si, en contemplant la société humaine,on imagine que cette grande machine pourrait aller avec un seuldes ressorts qui la font mouvoir ; cette erreur est aussi évidenteque dangereuse. L’homme n’est point un être simple ; la société,qui est l’union des hommes, est nécessairement le plus compliquéde tous les méchaiiismes. Que ne pouvons-nous la décomposer !Nous apercevrions bientôt le nombre innombrable de ressorts im-perceptibles par lesquels elle subsiste. Une idée reçue, une habi-tude, une opinion qui ne se fait plus remarquer, a souvent été leprincipal ciment de l’édifice. On croit que ce sont les lois quigouvernent, et par-tout ce sont les mœurs. Les mœurs sont lerésultat des circonstances, des usages, des institutions. De toutce qui existe parmi les hommes, il n’y a rien qui embrasse plusl’homme tout entier que la religion.
Nous sentons plus que jamais la nécessité d’une instruction pu-blique. L’instruction est un besoin de l’homme ; elle est surtoutun besoin des sociétés ; et nous ne protégerions pas les institutionsreligieuses, qui sont comme les canaux par lesquels les idées d’or-dre, de devoir, d’humanité, de justice coulent dans toutes lesclasses de citoyens ! La science ne sera jamais que le partage dupetit nombre; mais avec la religion, on peut-être instruit sansêtre savant. C’est elle qui enseigne, qui révélé toutes les véritésutdes à des hommes qui n’ont ni le tems ni les moyens d’en fairela pénible recherche. Qui voudrait donc tarir les sources de cetenseignement sacré, qui seme par-tout les bonnes maximes, quies rend présentes à chaque individu, cpii les perpétue en les lianta des établissemens permanens et durables, et qui leur commu-nique ce caractère d’autorité et de popularité sans lequel elles se-raient étrangères au peuple, c’est-à-dire, à presque tous leshommes !
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