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destinés ;\ peupler l’état ne le serait pas assez. C’est ce qui arrivedans les pays qui sont couverts de monastères, de chapitres, decommunautés séculières et régulières d’hommes et de femmes, etoù tout semble éloigner les hommes de l’état du mariage et detous les travaux utiles. Ces dangers sont écartés par nos lois, dontles dispositions ont mis dans les mains du gouvernement les moyensfaciles de concilier l’intérêt de la religion avec celui de la société.
En effet, d’une part, nous n’admettons plus que les ministresdont l’existence est nécessaire à l’exercice du culte ; ce qui diminueconsidérablement le nombre des personnes qui se vouaient ancienne-ment au célibat. D’autre part pour les ministres mêmes que nousconservons, et à qui le célibat est ordonné par les réglemens ecclé-siastiques, la défense qui leur est faite du mariage par ces régle-jnens n’est point consacrée comme empêchement dirimant dansl’ordre civil : ainsi leur mariage, s’ils en contractaient un, ne seraitpoint nul aux yeux des lois politiques et civiles, et les enfans quien naîtraient seraient légitimes. Mais dans le for intérieur et dansl'ordre religieux, ils s’exposeraient aux peines spirituelles pronon-cées par les lois canoniques. Ils continueraient à jouir de leursdroits de famille et de cité ; mais ils seraient tenus de s’abstenir del’exercice du sacerdoce. Conséquemment sans affaiblir le nerf déla discipline de l’église, on conserve aux individus toute la libertéet tous les avantages garantis par les lois de l’état. Mais il eût étéinjuste d’aller plus loin, et d’exiger pour les ecclésiastiques deFrance , comme tels, une exception qui les eût déconsidérés auprèsde tous les peuples catholiques et auprès des Français même aux-quels ils administraient les secours de la religion.
Il est des choses que l’on dit toujours, parce qu’elles ont étédites une fois. De-là le mot si souvent répété, que le catholi-cisme est la religion des monarchies, et qu’il ne saurait conveniraux républiques.
Ce mot est fondé sur l’observation faite par l’auteur de l’espritdes lois, qu’à l’époque de la grande scission opérée dans l’églisepar les nouvelles doctrines de Luther et de Calvin , la religion ca-tholique se maintint dans les monarchies absolues, tandis que lareligion protestante se réfugia dans les gouvernemens libres.
Mais tout cela ne s’accorde point avec les faits. La religion pro-testante est professée dans la Prusse, en Suede et en Danemark,lorsque l’on voit que la religion catholique est la religion domi-nante des cantons démocratiques de la Suisse et de toutes les ré-publiques d’Italie .
Sans doute la scission qui s’opéra dans le christianisme, influabeaucoup sur les affaires politiques, mais indirectement. Lu Hol-lande et l’Angleterre ne doivent pas précisément leur révolution àtel système religieux plutôt qu’à tel autre, mais à l’énergie que lesquerelles religieuses rendirent aux hommes, et au fanatisme qu’ellesleur inspirèrent.
Jamais, dit un historien célébré (Mr. Hume ), sans le zele etl’enthousiasme qu’elles firent naître, l’Angleterre ne fût venue àbout d’établir la nouvelle forme de son gouvernement.