302
Ce que dit cet historien de l’Angleterre s’applique à la Hollande,qui n’eût jamais tenté de se soustraire à la domination espagnole,si elle n’eût craint qu’on ne lui laisserait pas la faculté de profes-ser sa nouvelle doctrine.
Tant qu’en Bohème et en Hongrie les esprits ont été échaufféspar les querelles de la religion, ces deux états ont été libres: ce-pendant ils combattaient pour le catholicisme. Sans ses mêmesquerelles, l’Allemagne n’aurait peut-être pas conservé son gouver-nement. C’est le trône qui a protégé le luthéranisme en Suede ;c’est la liberté qui a protégé le catholicisme ailleurs : mais üexal-tation des âmes, qui accompagne toujours les disputes de religion,quel que soit le fond de la doctrine que l’on soutient ou que l’oncombat, a contribué à rendre libres des peuples qui, sans un grandintérêt religieux, n’eussent eu ni la force ni le projet de le devenir.
Sur cette matière le système de Montesquieu est démenti parl’histoire.
La plûpart de ceux qui ont embrassé ce système, c'est-à-dire,qui ont pensé que le catholicisme est la religion favorite des mo-narchies absolues, croiront pouvoir le motiver sur les fausses doc-trines de la prétendue infallibilité du Pape, et du pouvoir arbitraireque les théologiens ultramontains lui attribuent. Mais il n’est pasplus raisonnable d’argumenter de ces doctrines, pour établir que ledespotisme est dans l’esprit de la religion catholique, qu’il ne leserait d’argumenter des doctrines exagérées des anabaptistes sur laliberté et sur l’égalité, pour établir que le protestantisme, en gé-néral, est l’ami de l’anarchie, et qu’il est inconciliable avec toutgouvernement bien ordonné.
D’après les vrais principes catholiques, le pouvoir souverain ennratiere spirituelle réside dans l’église et non dans le Pape, comme,d’après les principes de notre ordre politique, la souveraineté enmatière temporelle réside dans la nation et non dans un magistratparticulier. Rien n’est arbilraire dans l’administration ecclésias-tique ; tout doit s’y faire par conseil ; l’autorité du Pape, n’estque celle d’un chetj d’un premier administrateur qui exécute, etnon celle d’un maître qui veut, et qui propose ses volontés commedes lois.
Rien n’est moins propre à favoriser et à naturaliser les idées deservitude et de despotisme que les maximes d’une religion quiinterdit toute domination à ses ministres, qui nous fait un devoirde ne rien admettre sans examen, qui n’exige des hommes qu’uneobéissance raisonnable, et qui ne veut les régir que dans l’ordredu mérite et de la liberté.
On ne peut voir dans f’autorité réglée que les pasteurs de l’églisecatholique exercent séparément ou en corps, qu’un moyeu nond’asservir les esprits, mais d’empêcber qu’ils ne s’égarent sur despoints abstraits et contentieux de doctrine, et de prévenir ou dé-terminer des dissensions orageuses, et des disputes qui n’auraientpas de terme.
Les gouvernemcns ont u*i si grand besoin de savoir à quoi s’en-