générales de la société du genre humain : car c’est sur ledroit universel des gens, qui ne reçoit point d’exception parcequ’il est fondé sur le droit naturel, qu’est appuyé le grandprincipe de l’indépendance des gouverneniens. Nier cette indé-pendance, ce serait affaiblir, ce serait rompre les liens quiunissens les citoyens à la cité ; ce serait se rendre crimineld'état.
Les articles organiques consacrent toutes ces grandes vérités, quisont le fondement de tout ordre public, et indiquent toutes lesprécautions que la sagesse de nos peres avait prises pour en con-server le précieux dépôt.
L’unité de la puissance publique et son universalité, sont uneconséquence nécessaire de son indépendance. La puissance pu-blique doit sesuffirà elle-même ; elle n’est rien si elle n’est tout.Les ministres de la religion ne doivent point avoir la prétention dela partager ni de la limiter.
Si l’on a vu ces ministres exercer autrefois dans les officialitésune autorité extérieure et coactive sur certaines personnes et surcertains objets, il ne faut point perdre de vue que cette autoritén’était que de concession et de privilège ; ils la tenaient des souve-rains ; iis ne l’exerçaient que sur leur surveillance, et ils pouvaienten être dépouillés s’ils en abusaient. ( Observations de M. Talon.)
On doit donc tenir pour incontestable que le pouvoir des chefsest limité aux choses purement spirituelles; que ce pouvoir estplutôt un simple ministère qu’une juridiction proprement dite; etque si le mot juridiction, inconnu dans les premiers siècles, a étéconsacré par l’usage, c’est sous la condition qu’on ne veuille pasconvertir le devoir d’employer les moyens de persuasion en facultéde contraindre, et le ministère en domination.
Suivant la remarque d’un écrivain très-profond, ou ne refuse àl'église le pouvoir coactif ou proprement dit, que parce qu’il estimpossible qu’eile l’ait, attendu l’objet et la fin du sacerdoceet la nature de l’homme, qui n’est soumis aux préceptes de la re-ligion qu’en tant qu’il est parfaitement libre et capable de mé-riter et de démériter. Ceux d’entre les ecclésiastiques qui ré-clameraient ce pouvoir, ne sauraient où le placer et ne pour-raient en faire usage sans détruire l’essence même de la religion.
Lorsqu’en examinant les bornes naturelles du ministère ecclé-siastique, on attribue exclusivement à la puissance publique ladisposition des choses temporelles, en réservant aux pasteursles matières spirituelles, ou n’entend pas sans doute laisser commevacant entre ces limites le territoire des matières qui ont à-la-fois des rapports et avec la religion et avec la police de l’état, etsont appéiées mixtes par les juris-consuites, ni permettre in-différemment aux ministres du culte d’y faire des incursionsarbitraires, et d’ouvrir les conflits journaliers avec le magis-trat politique. Un tel état de choses entraînerait une confu-sion dangereuse, et rendrait souvent le devoir de l’obéissanceincertain.