341
L'assemblée constituante qui avait profité de toutes les lumièresrépandues par la philosophie, cette assemblée où l’on comp-tait tant d’hommes distingués dans tous les genres de talens et deconnaissances, s’était gardé de pousser la toléranee des religionsjusqua l'indifférence et à l’abandon de toutes. Elle avait reconnuque la religion étant un des plus anciens et des plus puissansmoyens de gouverner, il fallait la mettre plus qu’elle ne l’était dansles mains du gouvernement, diminuer sans doute l’intluence qu’elleavait donnée à une puissance étrangère, détruire le crédit et l’au-torité, temporelle du clergé qui formait un ordre distinct dansl’Etat, mais s’eu servir en le ramenant à son institution primitive,et le réduisant à n’être qu’une classe de citoyens utiles par leurinstruction et leurs exemples.
L’assemblée constituante ne commit qu’une faute, et la con-vention qui nous occupera répare aujourd’hui: ce fut de ne passe concilier avec le chef de la religion. On rendit inutile l’ins-trument dont on s’était saisi, dès-lors qu’on l’employait à contre-sens, et que malgré le pontife, les pasteuis et les ouailles, onformait un schisme au lieu d’opérer une réforme, Ce schismejettales premiers germes de la guerre civile que les excès révo-lutionnaires ne tardèrent pas à développer.
C’est au milieu de nos villes et de nos familles divisées, c’estdans les campagnes dévastées de la Vendée qu’il faudrait ré-pondre à ceux qui regrettent que le gouvernement s’occupe dereligion.
Que demandait-on dans toute la France , même dans lesdépartemens où l’on n’exprimait ses désirs qu’avec circonspectionet timidité'? La liberté des consciences et des cultes ; de n’ètrepas exposé à la dérision, parce qu’on était chrétien ; de n’êtrepas persécuté, parce qu’on préferait au culte abstrait et nouveaude la raison humaine, le culte ancien du Dieu des nations.
Que demandaient les Vendéens les armes à la main? Leursprêtres et leurs autels. Des malveillans, des rebelles et desétrangers associèrent, il.est vrai, à ces réclamations pieuses, desintrigues politiques ; à côté de l’autel, ils plaçaient le trône.Mais fa Vendée a été pacifiée, aussistôt qu’on a promis deredresser son véritable grief. Un bon et juste gouvernementpeut-être imposé aux hommes : leur raison et leur intérêt les yattachent promptement, mais la conscience est incompressible.On ne commande à son sentiment ; de tous les temps, chez tousles peuples, les dissentions religieuses furent les plus animées etles plus redoutables.
Ce n’est point la religion qu’il faut en accuser, puisqu’elle estune habitude et un besoin de l’homme ; ce sont les imprudens( l ,u se plaisent à contrarier ce besoin, et qui, sous prétexted éclairer les autres, les offensent, les aigrissent, et les persécutent.
Nous rétrogradons, disent-ils; nous allons retomber dans labarbarie. J’ignore si le siecle qui nous a précédé était barbart :si les hommes de talens qui ont préparé, au-delà de leur volonté,les coups portés au christianisme, étaient plus civilisés que les