7 39
commun, et que ce salut consistait dans la conservation de Malte.Celte marche aurait été régulière ; elle aurait été pleinement jus-tifiée ; et la guerre, si elle eût été le résultat, de sa conduite,n’aurait point pu lui être imputée : elle aurait été exclusivementl’ouvrage de la France. —Mais alléguer une simple intention ; neprendre conseil que d’une crainte chimérique ou au moinsexagéré; présenter la possibilité comme une réalité, une conver-sation comme un fait, le rapport d’un voyageur comme une actehostile, non seulement pour retenir Malte, mais pour déclarerbrusquement la guerre, c’est une marche inconnue jusqu’à pré-sent dans les annales de la politique.—Si même nous donnons àla politique toute la latitude dont elle est susceptible, si nous lacalquons sur celle de Machiavel , elle ne saurait absoudre le minis-tère Britannique . Il pouvait avoir, si l’on veut, des prétextesplausibles pour prolonger la possession de Malte car la mauvaisefoi est toujours fertiles en ressources : mais déclarer la guerre enmanifestant l’intention positive, péremptoire de s’approprier cetile, c’est violer ouvertement et les loix des nations, et les premièresnotions de la morale politique, même la plus relâchee. Et c’estcependant par l’effet d’un pareil écart que les deux nations sontde nouveau plongées dans les horreurs de la. guerre.
Je ne puis passer sous silence un grief que la cour de Londres aexposé avec emohase, et qui est véritablement digne de remarque.Elle reproche au Gouvernement Français les mesures qu’il prendpour la prospérité de l’industrie nationale, et les prohibitions quifrappent sur l’introduction des marchandises Anglaises. Sansdoute il convient aux Anglais de répandre dans tous les marchésde l’Europe le produit de leur industrie; mais chaque nation estmaîtresse chez elle; c’est à elle seule déjuger si il lui convientou non d’admettre la concurrence des marchandises de l'étranger.Cette vérité a pour base l’indépendance des nations. Les traitésseuls peuvent modifier ce principe : or, il n’existe aucun traité decommerce entre la France et l’Angleterre; par conséquent lesdeux pays ont la liberté la plus absolue d’adopter, à l’égard ducommerce étranger, tel régime qu’ils jugent le plus convenable àleur intérêt. Si la France adopte le régime prohibitif, l’Angle-terre est en droit de l’adopter de son cûté à titre de rétorsion :voilà tout ce quelle peut faire. Tout ce qu’elle se permet au-delà ne saurait être justifié; et faire de cet objet un grief denature à légitimer la guerre, est uue monstruosité en moral,comme en politique; c’est traiter la France en petite coloniecest lui dire de sacrifier la prospérité nationale à la prospéritéde sa rivale, de son ennemi naturel, et d'un ennemi irréconciliable.Sans donte l’Angleterre a un grand intérêt à la prospérité de soncommerce, parce que le commerce soutient son industrie, et queson industrie est la base de son existence. Mais, est-ce à la France u la seconder? Est-ce à la France à promouvoir une prospéritéqui vaudrait absorber l’univers entier 1
Passons enfin au résultat ;
i Angleterre prétend qu’il lui faut une guarantie nouvelle pour