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prendre que le Continent est dans la meilleure intelligence et nuloin de penser à quitter Paris , le Ministre de l’Empereur y donnde très-beaux bals ; (pie l’armée Française brûle du désir d’ajouter à ses chapeaux une gloire nouvelle, en les faisant triompherau milieu de nouveaux dangers. Quoique peu de personnes aillent de France en Angleterre, il en arrive cependant quelques-unes par Emden et la Hollande ; et presque toutes répandant quela France jouit, au milieu des circonstances actuelles, d’une tran-cpiilütié et d’une prospérité qui mettent le sceau à la gloire et àla réputa'inndu Premier Consul.
Les lettres de Douvres et de Deal laissent transpirer à Londres que les Antilles Françaises fout les mouvemens quelles veulent etet que les frégates, corvettes, bricks, cutters, lougres, &c. fuientdevant elles; (pie depuis deux mois quelles circulent sur lescôtes, dans différons ports, pour donner le change à l’ennemi surle véritable point d'attaque, il ne leur est pas arrivé un accidentnotable, qoe de 1500 bâtimens composant la flotille, et qui ontcirculé avec liberté, deux seuls, par suite de séparation pendantles mauvais terris, ont été pris ; encore étoit-ce de vieux bâtimensconstruits il y a sept ou huit ans. Les Anglais n’en ont pris au-cun du nouveau modèle, tandis qu’il y a eu un vaisseau de guerreAnglais , six frégates, et tin grand nombre de petits bâtimensdétruits ou désemparés, et obligés de rentrer dans les ports etles bassins, par le résultat des combats qu'ils avaient eu a sou-tenir contre la flotille.
Cependant, le Duc d’York est souverainement méprisé parles officiers et les soldats ; l’armée est dirigée en sens contrairespar les Pitt, les Temples, et autres membres des factions quidéchirent le pays ; elle est sans contenance, et fatiguée par desmarches, des contremarches et des alertes perpétuelles.
Dans un tel moment de crise, les affaires du commerce sontanéanties. Les manufactures chancellent, l’argent disparaît ; cha-cun fait son trésor pour pourvoir, dans tous les cas et dans toutesles circonstances, au salut de sa famille. C’est en vain que legouvernement crie et fait crier contre les accapareurs d’argent,contre ceux qui thésaurisent pour l’avenir. Ces cris ne font quedévoiler davantage la détresse générale, et le nombre des tré-sors cachés augmentent. Enfin, le gouvernement vient encorede proclamer sa pénurie en accordant une prime de dix pourcentpour toutes les especes sonnantes qu’on introduirait en Angleterre.Le papier s’avilit, les billets de banque se discréditent et per-dent huit pour cent. Les manufactures 11 e travaillent pas etchacun cherche à se défaire de scs marchandises en les jetantsur le continent au’plus vil prix. Le discrédit et la baisse dupapier ont influé sur les marchandises.
L’Angleterre, en mi mot, offre l’image d’un vaisseau navigantdans des mers nouvelles et en proie à un genre de tempêtes in-connu aux pilotes qui tiennent le gouvernail. Ces pilotes mal-habiles, incertains dans leur marche, divisés sur la route quilsdoivent tenir, sont de l’espece de ceux qui perdent les navires.