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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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HISTOIRE 1)E PARIS

ÉTABLISSEMENT DU CH1USTIANISME A PAU1S.

Dans la carrière que je vais parcourir, se présentent à chaque pas des con-tradictions, des obstacles insurmontables, et des ténèbres que je ne me flatte pasde dissiper entièrement, jaurai souvent des erreurs et des impostures à signaler;mais, en les mettant en évidence, je servirai la vérité.

Grégoire de Tours , après avoir brièvement rapporté la persécution que leschrétiens souffrirent sous lempereur Décius , sexprime ainsi : « En ce môme» temps, sept hommes ordonnés évéques furent envoyés dans les Gaules pour» y prêcher comme le rapporte lhistoire de la passion du saint martyr Saturnin ;» il y est dit : Sous les consuls Décius cl Gratus, suivant une tradition fidèle , la» ville de Toulouse commença à avoir pour premier évêque saint Saturnin. Les» évêques qui furent envoyés dans les Gaules sont : Gratien à Tours , Tropkime» à Arles , Paul à Narbonne , Saturnin à Toulouse , Dionysius à Paris , Strémonius» à Clermont , et Martial à Limoges . Lun deux, le bienheureux Dionysius,» évêque des Parisiens , plein de zèle pour le nom du Christ, souffrit diverses» peines, et un glaive cruel larracha de cette vie. »

Daprès ce passage, il paraît certain que saint Dionysms ou Denis fut envoyéà Paris avec le titre dévêque, sous le consulat de Décius et de Gratus, qui répondà lan 250 de notre ère. Ainsi voilà lépoque de la mission de saint Denis claire-ment établie; mais il sélève contre ce fait de fortes objections, des difficultésinsurmontables. Les actes de saint Saturnin, dont sautorise ici Grégoire de Tours , existent encore; on y parle de ce saint Saturnin et de son martyre,mais on ny fait nulle mention de saint Denis , ni des autres évêques envoyésdans les Gaules . Cette erreur, que dom Bouquet a relevée, commence à fairenaître des doutes sur lépoque et la réalité de la mission des sept évêques. Lacrédulité de Grégoire de Tours est connue : dans le récit des événements anté-rieurs à son temps, des événements dont il na pas été le témoin, il mérite peude confiance (1). Sans examen, sans critique, il admettait toutes les traditions quilui parvenaient ; trop souvent il renonçait à la dignité dhistorien, pour sabaisserau rôle de légendaire.

Les évêques quil nomme, sils furent réellement envoyés en lan 250 dansles Gaules , y firent peu de prosélytes, norganisèrent point un culte public,puisque le paganisme y dominait encore vers la fin du quatrième siècle ; témoinla lettre très-authentique quécrivent, en lan 389, à sainte Radegonde , septévêques gaulois , parmi lesquels se trouvaient Euphronius de Tours et saintGermain de Paris ; lettre que Grégoire de Tours a lui-même insérée dans sonHistoire, et qui est plus digne de confiance que le passage de cet historienquon vient de citer. Or, dans cette lettre, on lit que saint Martin, envoyé dansla Gaule , vers le milieu du quatrième siècle, y répandit les semences de la foichrétienne. « Il fit éclore les premiers germes de notre foi vénérable, y est-il dit :

(1) Voyez le jugement quen portent les bénédictins, auleursde Yllistoire littéraire de France ,tom. III, pag. 391.