SOUS LÀ PREMIÈRE RÀCE. w
dnste, qui, lorsqu’il siégeait sur son tribunal, entrait en fureur contre ceux quivenaient lui exposer leurs affaires contentieuses, les accablait d injures, faisaitmaltraiter les prêtres, frapper de verges les militaires, et exerçait sur les plai-deurs toutes sortes de cruautés. Nous aurions une idée très-défavorable de laprobité de ces comtes, si le portrait que cet historien nous a laissé à’Audon,comte de Paris , est fidèle : il était un concussionnaire, le vil satellite et le com-plice des fureurs de l’exécrable Frédégonde . On pourra aussi juger de la juris-prudence de ces tribunaux par cette constitution qu’en l’an 560 donna le roiClotaire : « Si quelqu’un est accusé d’un crime, il ne faut pas le condamner sans8 l’entendre : Non condemnetur penitùs inauditus. » Ce principe, dont la justiceest évidente à tous les yeux, et qui honore celui qui le remit en vigueur, était
donc méconnu, puisqu’on est obligé de le rappeler aux juges.
Le fait suivant va nous faire connaître la condition des habitants de Paris etdes campagnes environnantes, et la tyrannie des rois francs envers leurs sujets.
En août 584-, des ambassadeurs du roi d’Espagne vinrent demander à C hil-péric sa fille Rigonthe en mariage. « Chilpéric , dit Grégoire de Tours , rentra» aussitôt dans Paris , et ordonna qu’un grand nombre de familles, des maisons» de son fisc, seraient enlevées de leurs demeures et placées dans des chariots.
» La plupart de ces malheureux pleuraient et refusaient de se rendre aux or-» dres du roi ; il les fit traîner en prison, afin de pouvoir plus facilement les» faire partir avec sa fille. On dit que quelques-uns, désespérés de se voir sépa-» rés de leurs proches parents, dans l’excès de leur chagrin, se donnèrent la» mort. Le fils était arraché des bras de son père, la fille de ceux de sa mère,
» leur séparation était accompagnée de gémissements, de plaintes amères et de» malédictions contre le tyran. La désolation était si grande dans Paris , qu on» pouvait la comparer à celle de l’Égypte . Plusieurs de ces malheureux forcés» de s’expatrier étaient d'une naissance distinguée ; ils disposaient de leurs» biens, les donnaient aux églises, et demandaient que leur testament fût ou-» vert dès qu'on aurait appris l’entrée de la jeune princesse en Espagne . Ils» considéraient ce départ comme le terme de leur vie. »
Les personnes enlevées pour satisfaire la vanité de Chilpéric et donner plusde pompe au cortège de sa fille, n’étaient point de condition servile. Leur résis-tance, leur violente douleur, sa manifestation publique, suffiraient pour faireprésumer qu’elles jouissaient de la liberté civile ; mais tous les doutes se dis-sipent lorsque Grégoire de Tours nous les présente comme des propriétairesléguant leurs biens par testament, et qu’il nous apprend que plusieurs pou -vaient se prévaloir d’une naissance distinguée ( multi ver à meliores natu ).
Ainsi les hommes de condition libre appartenaient à Chilpéric ; il les traitaitcomme des esclaves, et disposait de leur personne comme d’un meuble. Sousfies rois comme Chilpéric , les propriétés n’étaient pas plus respectées que lespersonnes. Du reste, dans la plupart des supplices ou exécutions dont Paris futle théâtre, et que les rois ou les reines ordonnèrent, je vois bien des assassins,des tourmenteurs , des bourreaux ; je n’y vois pas de juges. Si la justice s’exerçaitsans principes, sans règles, les autres branches administratives n’étaient pasroieux ordonnées.