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Martel, par son courage, ses exploits militaires et les services éminents qu’ilrendit à son pays en le délivrant des armées sarrasines , légitima et fit respectercette usurpation. En l’an 752, Pépin II , dit le Bref, fils de Charles-Martel , enréunissant la Neustrie à l’Austrasie , mit toute la Gaule sous sa domination. Plusaudacieux que ses pères, qui n’avaient porté que les titres de maires du palaisou de ducs, il se fit proclamer roi, et devint le chef de la dynastie carlovin-gienne. Charles , dit le Grand , son fils, vulgairement nommé Charlemagne , douéd’autant d’audace et d’énergie, d’un génie plus vaste et plus entreprenant,succéda, en l'an 768, à son père Pépin II . En l’an 772, après la mort de sonfrère Carloman , il régna seul dans la Gaule et dans les autres contrées qui endépendaient. Puis, en l’an 800, ayant étendu ses conquêtes en Europe , il fut,à Rome , proclamé empereur d’Occident et même auguste. Sous Charlemagne ,le gouvernement des Francs s’éleva au plus haut degré de splendeur, mais,dépourvu de bases solides et d’institutions robustes et nationales, et ne devantson énergie qu’à celle de son chef, ce gouvernement, malgré les changementsutiles qu’il éprouva, tomba avec l’homme qui le soutenait. Les mêmes vicesqui avaient causé la ruine de la dynastie mérovingienne causèrent celle desCarlovingiens.
Charlemagne voulut fortement l’amélioration de l’état civil et de l’état moral,voulut réformer leurs désordres et les abus; mais, en combattant les consé-quences, il laissa subsister le principe. 11 fallait remontera la source du mal,et la tarir; il ne fit que contenir ses effets. 11 fallait changer les choses, il nechangea que les hommes : il destitua plusieurs ducs, plusieurs comtes; ildéplaça plusieurs évêques, et leur adressa de vives réprimandes sur leurconduite désordonnée. Toutes ces tentatives n’eurent que des succès éphé-mères. Le mal dont il contint les développements pendant son règne, n’éclataqu’avec plus de force après sa mort. Il aurait dû restreindre les pouvoirs dela noblesse, les pouvoirs du clergé, et diminuer ses richesses immenses,souvent très-mal acquises et très-mal employées, comme lui-même le té-moigne. Il conserva , dans son gouvernement, plusieurs coutumes que lesFrancs tenaient de leur barbarie originelle, et notamment celle qui autoriseles fils à partager entre eux les États de leur père. Cette coutume avait, sous lapremière race, allumé, entretenu le feu des guerres civiles, et elle ne fut pasmoins fatale sous la seconde. Charlemagne ne se doutait pas qu’il pût existerun régime préférable à celui que ses aïeux avaient adopté dans les forêts de laGermanie; il ne connaissait que le despotisme, si commode pour les chefs desnations, et qui serait le meilleur des gouvernements, si les rois étaient les meil-leurs des hommes. Charlemagne était plus propre à réparer qu’à construire unédifice politique. Cet empereur fut le premier prince franc qui, malgré plusieurstaches de barbarie qui ont souillé sa mémoire, offrit un caractère d’héroïsme,de magnanimité, et montra du génie. 11 fit de grands efforts pour ramener dansses États le culte des lettres. S’il ne réussit pas complètement dans l’exécutionde ce noble projet, il faut en accuser son siècle et les vices du gouvernement.11 rétablit des écoles depuis longtemps abandonnées : elles ne répandirent pasde grandes lumières, mais elles préservèrent les lettres de leur ruine totale.