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débarrasser, il leur donne la somme de sept mille livres pesant d’argent. A lafin de décembre 856, nouvelle incursion de ces Barbares ; nouvelles alarmes,nouvelles pertes, même imprévoyance. Sans éprouver la moindre résistance,ils pillèrent Paris pour la seconde fois, et continuèrent leurs dévastations pen-dant tout le mois de janvier 857. Voici ce que portent les Annales de Saint- Bertin : « Les pirates danois envahissent la Lutèce des Parisiens ( Lotitiam Pari-» siorum) , et y mettent le feu... Les Danois, qui séjournent sur les rives de la» Seine, dévastent tous les lieux voisins ; ils entrent dans la Lutèce des Parisiens,
» brûlent la basilique du bienheureux Pierre et de Sainte-Geneviève; d’autres ba-» siliques, telles que l’église de Saint-Étienne , celle de Saint-Vincent et de Saint-» Germain, et celle de Saint-Denis (Saint-Denis-de-la-Chartre), se rachètent de» l’incendie moyennant des sommes considérables. » Les dégâts qu’ils commirentalors dans le monastère de Saint-Vincent ou Saint-Germain , et dans Paris , sontplus détaillés par l’historien de cette abbaye. « Ces brigands, dit-il, pénètrentsans obstacle dans ce monastère et dans l’église, où ils trouvent les moines occu-pés à chanter matines; ils les mettent en fuite, ou les réduisent à se cacher,pillent les vases sacrés et tous les objets précieux contenus dans le couvent,incendient le bâtiment du cellier, et tuent quelques familiers de l’abbaye, quin’avaient pas eu le temps de fuir. De là ils abordent dans File de la Cité. A leurapproche, les négociants épouvantés se pressent de transporter leurs marchandisessur leurs bateaux, et cherchent à échapper aux pillards ; mais ceux-ci s’emparentdes marchands et de leurs richesses, et réduisent en cendres les habitations dela ville. »
Pour la troisième fois, au mois de janvier 861, les Normands envahissentParis , le brûlent ainsi que la basilique Saint-Vincent ou Saint-Germain-des-Prés et quelques maisons voisines. Enhardis par ces exploits sans obstacles, ces bri-gands, auxquels se joignaient plusieurs nobles ou princes francs, conçurent leprojet de chercher, dans les pays situés au-dessus de Paris , des richesses qu’ilsne trouvaient plus dans des contrées situées au-dessous de cette ville, contréeset ville où il ne restait plus rien à prendre. Je pense qu’alors, maîtres de cetteplace, ils rompirent le Grand-Pont, ou Pont-au-Change, afin que leurs barquespussent facilement remonter la Seine . Ils durent le rompre, parce que ses piles,trop rapprochées les unes des autres, opposaient à leurs barques un obstacle quiles empêchait de porter leur brigandage plus loin. Toutefois, il est certain qu’a-lors ils remontèrent la Seine , et pillèrent, au-dessus de Paris , des contrées où ilsn’avaient pas encore porté leurs ravages.
Arrivés avec leurs barques au-dessus de Paris , ils entrèrent dans la Marne ,pillèrent l'abbaye de Saint-.Maur , puis la ville de Meaux ; une partie de leurtroupe alla prendre et ravager Melun . L’empereur Charles-le-Chauve restait àSenlis pendant ces ravages, ne pouvant ou n’osant point en arrêter le cours. Ceprince faible et dévot, après la retraite des Normands, ordonna, dit-on, la ré-paration des bâtiments, des églises, de l’abbaye Saint-Vincent ou Saint-Ger-main, et, par un diplôme, la reconstruction du Grand-Pont, que les Normands avaient détruit. Voici ce que porte ce diplôme : « Pour la tranquillité de tout notre« royaume, pour la défense de la sainte Église de Dieu, et pour être préservé des