72 HISTOIRE HE PARIS
ait conservées. On a vu ci-dessus le comte et l’évéque de Paris , dépositaires infi-dèles, s’approprier tout ou partie des reliques dont on leur avait confié la garde.On a vu Conrad, comte de Paris, et Goslin, abbé de Saint-Germain-des-Prés ,faire révolter une partie de la France contre leur souverain, marcher contre luià la tète d’une armée, et l’on a vu ce comte et cet abbé, au retour de cette expé-dition, piller, dévaster tout le pays situé sur leur passage. Plusieurs autrescomtes de Paris méritent le titre d’usurpateurs et de brigands ; mais, en blâmantleurs vices, je ne dois pas omettre leurs actions louables. Parmi ces comtes,llugues-Ie-Grand, ou le Blanc, coupable d’ailleurs de plusieurs attentats poli-tiques, se distingua par quelques vertus sociales. Il alimenta journellement, dit-on, les pauvres qui, attaqués du mal clés ardents, venaient à l’église Notre-Damede Paris pour y obtenir leur guérison.
Abbon, dans son poème sur le siège de Paris , nous a conservé quelques traitsdu caractère des Francs, qui défendirent cette ville contre les attaques des Nor-mands : il leur reproche trois vices principaux, auxquels il attribue les malheursde la patrie. Ces vices sont l’orgueil, la débauche et le luxe des habits. L’or-gueil, vice commun aux hommes ignorants et puissants, est mentionné sansêtre exposé avec détail par cet auteur. Voici le tableau qu’il fait de leurs au-tres imperfections. « Tel est l’excès de votre luxure, dit-il, que vous souillez« sans pudeur la couche des vos parentes, que vous ne respectez pas môme celle« des religieuses consacrées au Seigneur, et que même vous portez la débauche«jusqu’à faire des outrages à la nature, tandis que vous trouvez assez de« femmes disposées à vous satisfaire. » L’écrivain parle ensuite du luxe des vê-tements. «Une agrafe d’or fixe la partie supérieure de votre habillement ; pour« vous préserver du froid, vous couvrez votre corps de la pourpre de Tyr ; vous« ne voulez d’autre manteau qu’une chlamyde chargée d’or ; la ceinture qui« presse vos reins doit être ornée de pierres précieuses ; enfin il faut que l’or« brille sur votre chaussure et sur la canne que vous portez. Telles sont vos« mœurs ; les autres nations n’en ont point d’aussi dépravées. O France ! s’écrie« ensuite notre poète, si tu ne repousses de ton sein ces trois vices, qui, suivant« le témoignage de l’Écriture sainte et des prophètes, sont la source de tous les« crimes, tu perdras ton courage et ta patrie ! »
Les criminels étaient condamnés à se promener nus et chargés de fers ( nudicum ferro). En parcourant les campagnes, ils abusaient de la crédulité publique :une ordonnance de Charlemagne les assujettit à rester dans le lieu où ils ontcommis leur crime, et à y subir la pénitence qui leur est imposée. — Si unhomme avait égorgé un de ses parents, et qu’il fût traduit devant le tribunal del’évêque, celui-ci le condamnait à être dépouillé de ses habits ; lui faisait atta-cher au cou le poignard dont il s’était servi pour ce meurtre, et le faisait chargerde chaînes, de manière que ses bras étaient fortement liés sur son corps. Danscet état on le chassait de son pays. •— Les femmes dont le libertinage était scan-daleux, subissaient une peine à peu près semblable ; elles étaient forcées de par-courir, pendant quarante jours, les campagnes, nues depuis la tête jusqu’à laceinture, et portant sur leur front un écriteau où leur délit était désigné.
Charlemagne , s’il ne fit pas tout le bien qu’il put et dut faire pour civiliser ses