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lard la dialectique à Paris et au mont Sainte-Geneviève; Albéric de Reims vintaussi professer dans le môme lieu; mais leur réputation était bien inférieureà celle d’Abeilard. Il faut le dire, cet homme commença la réputation des écolesde Paris . Sa célébrité attira une affluence considérable d’étudiants étrangers etnationaux, qui accrut beaucoup la population de cette ville. Il laissa des disci-ples et des admirateurs qui soutinrent sa réputation en propageant sa méthode.Rientôt après lui, dit un écrivain du douzième siècle, la multitude des étudiantssurpassa dans Paris le nombre des habitants de cette ville, et l’on avait peineà y trouver des logements. Un ancien auteur du temps donne à cette capitalele nom hébreu de Cariath Sepher, c’est-à-dire la Ville des Lettres par excellence.Enfin, il est évident qu’au seul Abeilard est due la renommée des écoles de Paris ,et que cette renommée produisit le rapide accroissement de la population decette ville.
abbaye et école de saint-victor. 11 existait depuis longtemps, dans l’em-placement occupé par les bâtiments de cette abbaye, une petite chapelle dédiéeà saint Victor ; elle était déjà érigée en prieuré, lorsqu’en 1108, Guillaume de Champeaux , épuisé par ses efforts pour soutenir sa réputation dans l’Écoleépiscopale de Paris , se retira dans ce prieuré. Il y avait établi ou avait déter-miné Louis VI à y établir un chapitre de chanoines réguliers, avec titre d’ab-baye; cet établissement fut doté par une charte de ce roi, en l’an 1112, et con-firmée par une bulle du pape Pascal II . Le premier abbé ne fut pas Guillaume de Champeaux , mais Gilduin, son disciple; Thomas en fut prieur. En se retirantà Saint-Victor , Guillaume de Champeaux y continua d’enseigner la jeunesse.Abeilard lui-même assista à ses leçons; bientôt après, l’école de Saint-Victordevint une des plus célèbres de France . Le désir naturel de surpasser ses sem-blables par une supériorité de connaissances acquises, n’était pas le seul stimulantqui portât la jeunesse à l’étude ; un mobile plus puissant agissait sur elle, et luifaisait braver tous les dégoûts de l’école : l’ambition et l’espérance bien fondée deparvenir aux dignités ecclésiastiques et de posséder les honneurs qui en dépen-daient.
Depuis les premiers règnes de la troisième race, on avait renoncé à l’usageantique de ne conférer des évêchés, des abbayes, etc., qu’aux personnes de lacaste nobiliaire. Les évêques de cette caste étaient si ignorants et si adonnés àla débauche, à la chasse et à la guerre, qu’on sentit la nécessité de leur préférerdes roturiers instruits. Ces derniers s’élancèrent avec ardeur dans la carrière dela fortune qui venait de leur être ouverte. Aussi vit-on, vers cette époque, pres-que tous les professeurs et les étudiants obtenir de riches bénéfices. Les résultatsde cette concession nécessaire doivent être considérés comme les premièresconquêtes que fit la civilisation sur la barbarie.
La réputation des écoles de Paris était relative au temps; nous trouvons au-jourd’hui leur méthode vicieuse, leurs principes souvent erronés, les matièresenseignées très-futiles, et leurs connaissances très-bornées; ces écoles eurent àtraverser une longue série d’erreurs avant d’atteindre quelques vérités. Il y aplus, les maîtres de ces écoles étaient cruels; ce n’était qu’à force de coups qu’ilsinculquaient la science, dit l’abbé Lebeuf : ce qui rebutait beaucoup d’étudiants.