SOUS LOUIS Vil DIT LE JEUNE.
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nous fait connaître que trente-trois années de famine, dont deux seulementfurent caractérisées par des anthropophagies. 11 faut attribuer cette diminu-tion de mal à diverses causes: le gouvernement tout vicieux qu’il était, avaitreçu des règles et de l’aplomb; le temps ayant donné un caractère de légiti-mité aux usurpations, on les respectait un peu plus; les lumières commen-çaient à faire quelques progrès; mais la cause puissante de cet allégement estla fureur des croisades, qui éloignaient de notre pays la plupart des seigneurs,auteurs de ces m aux.
Ce n’était pas, comme le rapportent les chroniqueurs, l’apparition des co-mètes, des aurores boréales, les éclipses, etc., qui causaient ces famines;c’était le régime de la féodalité qui, essentiellement destructeur, autorisaitle désordre et les crimes, et tarissait toutes les sources de prospérités. Lesseigneurs, entretenaient des guerres presque continuelles sur toutes les par-ties de la France , et s’appliquaient plus à enlever, à torturer dans leurs pri-sons les paisibles laboureurs, à. brûler les villages et les récoltes, à piller età dévaster, qu’à combattre : de sorte que souvent de vastes étendues de paysrestaient pendant plusieurs années sans culture. Us ruinaient l’industrie et lecommerce, en pillant les voyageurs et les marchands sur les chemins et surles rivières : ils étaient les ennemis de tout le monde. Les écrivains contem-porains de tant de calamités appréhendèrent l’extinction totale de l’espècehumaine dans la Gaule. La Chronique de Verdun , après avoir offert un tableaudéplorable de la famine des années 1028 et 1029, dit que dans un concile opchercha un remède à tant de maux, et un moyen d’empôcher la populationd'être entièrement détruite et le pays d'être réduit en désert. On crut que lafin du monde était prochaine; que Tantechrist allait paraître, et dans l’églisede Paris un jeune homme monta en chaire et prédit cet effroyable événement:la peur s’empara de tous les esprits ; les riches s’empressèrent de donner auxmonastères des biens qui désormais leur devenaient inutiles. Les moines nepartagèrent pas cette peur, mais en profilèrent. Le monde devait finir au di-manche de Pâques de Tan 1000. Ce jour arriva, et le peuple ne vit ni la findu monde, ni la fin de ses maux.
Plusieurs évéques et abbés, c’est-à-dire des seigneurs ecclésiastiques, doi-vent partager les reproches que méritent les seigneurs laïques; ils se livraientcomme ces derniers aux excès des guerres privées ; comme eux, ils contri-buaient aux affreuses calamités dont je viens de donner une esquisse. Sil’histoire de ces temps désastreux offre quelques exemples de prélats éclairés etvertueux, on peut dire, en général, qu’ils mettaient une opiniâtreté sans bornes,un orgueil indomptable, à défendre leurs droits temporels : en voici unexemple frappant, que je choisis entre beaucoup d’autres.
Le roi Louis Vil, se rendant à Paris , fut surpris par la nuit ; il soupa et cou-cha dans le village de Créteil , aux dépens des habitants. Ce village et ses ha-bitants appartenaient au chapitre de Notre-Dame . Les chanoines irrités ré-solurent de se faire restituer cette dépense, et de se venger avec éclat de ceroi coupable d’avoir ainsi attenté aux propriétés de leur église.
Le lendemain, étant à Paris, Louis VII , suivant son usage, se rendit à Té-