HISTOIRE DE PARIS
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chaude, que l’on plongeait les accusés pour connaître leur culpabilité ou leurinnocence? Je n’oserai contredire l’opinion de l’abbé Lebeuf, mais je sais queprès de là s’exécutaient des combats nommés jugements île Dieu . C’était d’ail-leurs dans la première cour de la maison épiscopale qu’avaient lieu, depuis1109, les monomachies ou duels judiciaires.
Une cérémonie, qui pourrait bien remonter aux temps du paganisme, se pra-tiquait dans la cathédrale, comme dans plusieurs églises de France . Aux proces-sions des Rogations, le clergé de Notre-Dame portait la ligure d’un grand dragond’osier ; et le peuple prenait plaisir à jeter dans la gueule énorme et béantede ce dragon, des fruits et des gâteaux. Cet usage dura jusques environ l’an1730 : alors le chef de la procession borna la cérémonie à donner sa béné-diction à la rivière. On croit que ce dragon est la figure de celui dont saintMarcel délivra, dit-on, Paris ; mais les habitants des autres villes où cet usagese pratiquait avaient donc aussi un dragon qui les désolait et un saint qui lesen délivrait? Cette fable est partout la même(l).
On célébrait aussi, dans l’église Notre-Dame , des fêtes appelées Fêles desFous, Fêtes des Sous-Diacres ou Diacres-Soûls , dont j’ai déjà donné la descrip-tion. J’ajouterai qu’Eudes de Sully , successeur de Maurice , fut le premier évê-que de Paris qui en parut scandalisé. Ces espèces de saturnales, continuées parles chrétiens depuis les temps du paganisme, avaient donc été tolérées par tousles évêques ses prédécesseurs; ou peut-être, sous Eudes de Sully , leur licencefut-elle portée à un excès insoutenable? « Il s’y commettait, dit-il, d’innombra-» blés abominations, des crimes énormes. Ce n’étaient, pas seulement des laïques» qui y figuraient; mais ce qui est horrible à dire, ces scènes scandaleuses, ces» turpitudes étaient commises par des ecclésiastiques, dans l’église même, au» pied des autels, pendant qu’on célébrait les messes et qu’on chantait les louan-» gesde Dieu . » Après avoir ordonné, en 1198, l’abolition de la Fête des Fous ,cet évêque, l’année suivante, tenta d’abolir celle des Sous-Diacres célébrée lejour de Saint-Étienne . 11 eut l’adresse d’assigner une rétribution particulièreaux chanoines et aux clercs qui assisteraient à la solennité de ce saint et à cellede la Circoncision, à condition qu’ils en seraient privés si les désordres de lafête des Sous-Diacres recommençaient. Il mettait ainsi l’intérêt personnel auxprises avec la routine. Il faut le dire, ce fut la routine qui triompha. Les fêtes desSous-Diacres et des Fous, suspendues pendant quelque temps, reprirent leursanciennes allures, et ne furent entièrement supprimées qu’au quinzième siècle.
église et cimetière des innocents, situés rue Saint-Denis, à l’angle que for-mait cette rue avec celle dite aux Fers ou au Fèvre, dont il n’existe qu’un côté,et sur une partie de l’emplacement du marché des Innocents. Geoffroi, prieur
(1) Le dragon appelé à Metz Garouilli; le dragon de saint Bienheuré, à Vendôme ; le dragon de laUoclie-Turpin, près Montoire ; le dragon de Saint-André, près deVilliers, à deux lieues et demie deVendôme ; le dragon de Saint-Bertrand de Comminges; le dragon appelé la Grande-Gueule, ou labonne sainte Vermine, à Poitiers ; le dragon qu’on nommait Gargouille , à Rouen ; le dragon appelé laTarasque, à Tarascon ; le dragon nommé, à Troyes , la Chair salée, etc., sont représentés à peu près dela même manière, et ont tous, comme celui de Paris , été vaincus par un saint qui en a délivré le pays.Toutes les églises de la Gaule avaient, au treizième siècle, leur dragon : Durand, dans son national,en parle comme étant d’un usage général. Ces dragons, suivant lui, signifiaient le Diable.