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» dans la voirie située entre la terre de l’évêque et la maison que Henri, autre-» fois archevêque de Reims , fit bâtir près du Louvre jusqu’au pont de Charelle,
» et depuis la voie publique, à partir de l’église de Saint-Honoré, tant que s’é-» tend la terre de l’évêque, jusqu’au pont du Roule, et dans toutes les autres>■ parties de la terre de l’évêque en deçà du Marais, et dans ces limites : pour» ce qui est des autres parties de cette terre, l’évêque a la voirie et toute justice,
>- excepté le rapt et le meurtre. Si l’évêque lait construire un village ou un» bourg nouveau dans sa terre et dans ses limites, il y aura toute justice, ex-« cepté le rapt et le meurtre que nous nous réservons, comme dans le bourg» de Saint-Germain; en outre, nous y jouirons de toutes les coutumes dont» nous jouissons dans la Culture de l’évêque. Fait à Melun en 1222, Tannée 44 e» de notre règne. »
Quelle complication d’intérêts, de juridictions! que de sources de divisions etd’injustices dans ce misérable régime de la féodalité!
Les vices, les erreurs, les calamités des périodes précédentes se maintien-nent encore pendant celle-ci; mais le régime féodal et la barbarie, sources deces maux, commencent à s’affaiblir. La royauté devient plus puissante; plu-sieurs villes, jouissant du droit de commune, peuvent se défendre elles-mêmescontre les brigandages de la noblesse. Le champ où cette dernière exerçait sesravages, commettait ses crimes, devient plus circonscrit; mais la plupart deshabitants des bourgs, et tous ceux des campagnes, restent toujours en proie àses exactions et à ses cruautés.
L’étude, plus protégée et plus active, introduit des lumières vraies ou faussesdans des parties du corps social où, depuis plusieurs siècles, il n’en pénétraitpoint; mais la corruption est trop générale pour que de si faibles innovationspuissent corriger l’un et purilier l’autre.
Sous ces deux règnes, le clergé n’était pas plus qu’auparavant réglé dans sesmœurs; sa cupidité, bien plus que de saines doctrines, dirigeait sa conduite. 11faisait considérer ses personnes, ses propriétés, ses reliques, ses pratiques etcérémonies, les offrandes faites à l’église, comme les bases de la religion. Lesprêtres, les évêques, ainsi qu’ils avaient fait dans les siècles passés, allaient àla guerre ; mais les plus timorés d’entre eux, interprétant stupidement les ca-nons de l’Église qui défendent aux ecclésiastiques de verser le sang humain,se croyaient à l’abri de la censure en se servant de massue au lieu d’épée, enassommant les hommes au lieu de les percer. Tel fut Philippe de Dreux , évêquede Beauvais , issu du sang royal, guerrier redouté, fameux par ses brigandageset ses cruautés, qui voulut, à la bataille de Bouvines , donner une preuve de samodération en ne tuant les hommes qu’à coup de massue.
Les mœurs de la noblesse n’étaient pas plus édifiantes que celles du clergé.Une foule de témoignages prouvent que les princes et les seigneurs considé-raient encore les habitants de la France comme une propriété exploitable,