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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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HISTOIRE DE PARIS

sauvé dune mort certaine. Le légat sortit promptement de la ville, et, en par-tant, lança son excommunication contre tous les écoliers.

Dans le même temps il se manifesta à Paris et ailleurs une secte presque en-tièrement composée de prêtres; ils niaient, disait-on, la présence réelle,croyaient inutiles la plupart des cérémonies de lÉglise, et ridicule le culte renduaux saints et aux reliques. Les partisans de cette secte entraînèrent beaucoupde femmes, et les induisirent à la fornication, en leur persuadant que tout cequon faisait par charité nétait point péché. Un ecclésiastique, nommé Amauri,était le chef de cette secte. Il exposa sa doctrine au pape qui la condamna.Amauri en mourut, dit-on, de chagrin, et fut enterré dans le cimetière de Saint-Martin-des-Champs. Il laissa des disciples, presque tous ecclésiastiques ou pro-fesseurs de lUniversité de Paris. Ils furent arrêtés et conduits dans la place desChampeaux; des évêques, des docteurs en théologie les dégradèrent et lescondamnèrent à être brûlés vifs en 1210. Quatorze de ces malheureux subirentcet affreux supplice, et le subirent avec courage. Les évêques et docteurs, as-semblés en concile pour prononcer ce jugement, condamnèrent aussi au feudeux livres dAristote sur la métaphysique, et défendirent à toutes personnes deles transcrire, de les lire ou de retenir dans leur mémoire leur contenu, souspeine dexcommunication.

En 1212 il se tint un autre concile à Paris , dont les articles peignent les mœursdu clergé de cette époque. On y défendit aux prêtres de se charger dun plusgrand nombre de messes quils nen pouvaient célébrer; de commettre dautresecclésiastiques pour les dire à un prix inférieur; départager une seule messe endeux, en trois et même quatre parties, ce qui sappelait misses bifaciatœ, tri-ciatœ, ouadrifaciatœ; de sorte quen disant une seule messe, le prêtre recevaitle prix de deux, de trois, même de quatre. Ce concile défend à ceux qui nontpoint de bénéfices dexiger, pour remplir la profession davocat, des salairesexcessifs ; aux moines quêteurs, de faire des sermons; aux curés, de prendre àferme dautres cures, ou de donner les leurs en fermes; et à tous ecclésiasti-ques, dexiger des legs par testament. Il est aussi défendu aux moines de porterdes gants blancs, des bonnets de coton, des fourrures et des étoffes précieu-ses, et de sortir de leur couvent pour aller aux écoles. Il est ordonné aux chefsdes monastères den faire murer les petites portes. On voit aussi, par les arti-cles de ce concile, que les abbés affermaient leur prévôté, cest-à-dire la facultédadministrer les sujets, à des prêtres qui percevaient sur le peuple des contri-butions féodales; que les moines qui affermaient ces prévôtés en abusaient.« Lorsquils y font des profits, porte ce concile, ils sen servent pour vivre dans» la débauche ; et si le prix de la ferme est trop fort, ils emploient i 'mites sortes de» voies pour enfler les recettes. » Aux religieuses, il est défendu davoir auprèsdelles des clercs et des serviteurs suspects. Elles ne doivent point être seuleslorsque leurs parents les visitent, et ne peuvent sortir, pour les aller voir,quaccompagnées de personnes discrètes et avec la permission de leur supé-rieure. Il leur est aussi défendu de danser dans le cloître ni ailleurs. Les ab-besses exigeaient des religieuses quelles ne se confesseraient point à dautres