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SOUS LOUIS IX DIT SAINT LOUIS .
de la Cité de Paris . La procession arriva au palais où gisait le prince malade. Onlui lit successivement baiser toutes les reliques, et on les lui appliqua sur lesparties de son corps où il ressentait de la douleur. La cérémonie terminée, cha-cun se retira; et des écrivains du temps assurent que, dès ce moment, on jugeaque la maladie du jeune prince n’aurait point de suites fâcheuses. Tels étaientles moyens curatifs de cette époque : les reliques étaient le grand spécifique.
Si l’on en excepte quelques jongleurs , baladins, trouvères, ménétriers ambu-lants, qui chantaient ou récitaient leurs poésies ou celles des autres, il n’y avaitpoint de spectacles à Paris . Philippe-Auguste n’aimait ni leurs chants ni leurscontes; il blâmait les seigneurs qui les accueillaient et leur faisaient présentd’habits précieux : il prit le parti de donner ses vieux vêtements aux pauvres,et disait que « celui qui donne aux ménétriers fait un sacrilège ( sacrifice) audiable. » Les lettres et les arts firent, sous le règne de Philippe-Auguste , quelquesprogrès qui en amenèrent d’autres; mais on apprit plus à parler qu’à penser, etles coutumes de la barbarie se maintinrent.
PARIS DEPUIS LOUIS IX JUSQU’A PHILIPPE IV , DIT LE BEL.
PARIS SOUS LOUIS IX DIX SAINT LOUIS.
Le 8 novembre 1226, Louis IX , à l’âge de douze ans, succéda à son pèreLouis VIII . Blanche de Castille , sa mère, fut régente pendant sa minorité. Cettefemme était belle, impérieuse, et douée d’un caractère très-énergique qui dégé-nérait quelquefois en tyrannie ou en méchanceté. Elle ne pouvait souffrir quele roi, son fils, vît, pendant le jour, sa femme, Marguerite de Provence . Cettecontrariété détermina ces jeunes époux à user souvent de stratagèmes pourse réunir à l’insu de la reine-mère.
Louis IX fut le premier roi de la troisième race qui montra dans sa conduitedes mœurs régulières et des principes de justice et de probité. 11 sentit les vicesdu gouvernement féodal, et voulut en abolir les plus odieuses coutumes, tellesque les combats judiciaires et autres; mais s’il n’eut pas assez de force pourfaire ce bien, il eut la gloire de le proposer. Ses lois, connues sous le titre d’Zs-tablissement, malgré les déplorables concessions qu’elles font aux usages désor-donnés du siècle, tendent constamment vers un meilleur état de choses. Soncourage égalait sa moralité. Il aurait mérité d’ôtre proclamé le meilleur desrois, si la barbarie des institutions et celle des mœurs et des habitudes de sontemps n’eussent rétréci ses conceptions, contrarié ses projets louables, et s’ileût eu d’autres instituteurs que des moines. Ils en firent un superstitieux, unfanatique; ils en firent presque un moine, et parvinrent à lui inspirer la plusaveugle confiance.
Ce roi ne fut heureux dans presque aucune de ses entreprises; ses lois furentsans force contre les habitudes féodales; celles qu’il fit pour la réforme desîpœurs n’eurent qu’une exécution transitoire : il voulut faire des hommes pieux,