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HISTOIRE DE PARIS
marbre, couverts de la ligure couchée des défunts : on y voyait ceux des chefsdes trois branches qui ont régné en France , de celle de Valois, d’Êvreux et deBourbon, tels que le tombeau de Charles, comte de Valois, chef de la branchede ce nom; celui de Louis d’Évreux, et celui de Robert, sixième fils de saintLouis. Devant le grand autel était le tombeau d’Humbert II de la Tour-du-Pin ,dernier dauphin du Viennois, et dans une chapelle particulière, les tombeaux etépitaphes de la famille de Dormi . Dans le cloître fut enterré Jean de Meng,surnommé Clopinel , parce qu’il était boiteux; il est auteur d’une partie du fa-meux Roman de la Rose, ouvrage qui fait très-bien connaître les mœurs, lesusages et surtout les opinions des treizième et quatorzième siècles.
Dans cette église était la célèbre Confrérie du Rosaire ou du Chapelet , modede prier inconnu aux premiers chrétiens, mis en vogue par saint Dominique,et que les Croisés imitèrent des religions de l’Orient. Les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et du Temple, ne sachant pas lire, récitaient le chapeletcomme des Musulmans . Cette manière d’intercéder Dieu , en répétant toujoursla même prière, était fort ancienne, puisqu’on la trouve prohibée dans lesixième chapitre de l’Évangile selon saint Matthieu.
Ce monastère a produit quelques prédicateurs plus zélés que raisonnables : ila aussi produit Jacques Clément , assassin du roi Henri 111, et Edmond Bour-going, prieur de cette maison, instigateur, apologiste de ce meurtre, et qui,de sa propre autorité, mit le meurtrier au rang des saints.—En 1790, l’ordrefut supprimé; l’emplacement, réservé pour des embellissements projetés dansce quartier n’a point été vendu :1e gouvernement, pendant les années 1816et 1817, ordonna des réparations aux bâtiments qui ont servi quelque tempsde maison de refuge pour les jeunes détenus.
Je parlerai des autres couvents de Jacobins établis dans la suite à Paris .
CORDELIERS OU FRÈRES MINEURS DE L’ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS , Situés
rue des Cordeliers, dite aujourd’hui rue de l’École-de-Médecine, au coin decelle de l’Observance. Une colonie de religieux de Saint-François-le-Séraphi-que vint en 1217 à Paris , et parvint avec beaucoup de peine à obtenir de l'ab-baye Saint-Germain-des-Prés un emplacement qu’elle possédait. Cet em-placement ne fut point donné, mais prêté, en payant un prix de location, età condition que les moines nouveaux venus n’auraient ni cloches ni cimetière,ni autel consacré. Les Cordeliers passèrent plusieurs années dans cet état pré-caire et assujettissant : ils s’adressèrent à saint Louis, qui parvint à obtenirpour eux, de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés , des cloches, un cimetière etun grand bâtiment où ils se logèrent. Cette concession leur permit, en 1240,d’acquérir deux pièces de terre qui leur convenaient. Dans la suite, saint Louis,avec une partie de l’amende de dix mille francs qu’il fit payer à Enguerraudde Coucy, fournit aux frais de la construction de l’église, et autorisa les Cor-deliers à couper, dans ses forêts, les bois nécessaires à la charpente. Cetteéglise fut dédiée, en 1262, sous le titre de Sainte-Madeleine. — En indiquanttous les traits qui caractérisèrent les cordeliers j’irais trop au delà des bornesque je me suis prescrites; en les passant sous silence, j’ôterais au lecteur lesmoyens d’apprécier le mérite de leur institution. Entre ces deux partis j’adopte