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fut alors qu’Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris , et l’un des mem-bres du conseil des Trente-Six, homme doué d’une grande énergie, vint, bienaccompagné, au Louvre, et harangua le duc d’Anjou avec une fermeté qui dé-termina ce prince à suspendre l’effet de son ordonnance jusqu’à l’arrivée dudauphin, son frère.
Le dauphin, à son retour, pour donner cours à la nouvelle monnaie, résolutd’associer à son parti le prévôt des marchands, qui jouissait alors d’un grandascendant sur le peuple de Paris . Il lui donne rendez-vous dans une maisondu cloître Saint-Germain-l’Auxerrois. Marcel s’y rend ; il y trouve le dauphin,ainsi que l’archevêque de Sens et le comte de Roussy, qui lui demandent avecinstance d’appuyer de toute son influence l’émission de la monnaie; il refuseconstamment de partager la honte de cette iniquité, et accompagne son refusde paroles peu mesurées, qui, bientôt connues des Parisiens , les excitèrentà manifester leur mécontentement d’une manière plus menaçante. Le dauphin,effrayé, fit publfer qu’il supprimerait la nouvelle monnaie. Entouré d’une forceimposante, Marcel vint au parlement demander le rappel des états générauxet l’expulsion ou l’arrestation de plusieurs ministres et magistrats. Le dau-phin, qui s’y était rendu, souscrivit à ces demandes. Ce prévôt, muni de l’au-torisation du prince, fit aussitôt saisir les meubles de ces magistrats, qui déjàavaient pris la fuite. Alors se forma à Notre-Dame une confrérie dont Marcelfut le chef. Cette association avait pour unique objet de concerter avec lesnombreux confrères les mesures à prendre pour maintenir le nouvel état dechoses. Ce fut là que, pour la première fois depuis l’origine de la monarchie,on osa mettre en question la puissance illimitée des rois. En conséquence desconseils donnés au dauphin par le prévôt des marchands, les états générauxfurent de nouveau rassemblés à Paris , et, selon leur plan de réforme, ils rédui-sirent les conseillers au nombre de seize, et ceux de la chambre des comptes àcelui de quatre.
Le 8 novembre de la même année, un prince de la maison royale, Charles,r oi de Navarre, surnommé le Mauvais, favorisé par quelques chevaliers de safaction, s’échappa du château d’Arleux en Cambrésis, où depuis six mois ilctait détenu prisonnier, et se rendit à l’abbaye Saint-Germain-des-Prés , où unlogement lui était préparé. Au nord et hors des murs de cette abbaye, du côtédu Pré-aux-Clercs, était un champ clos où se donnaient les combats judiciaires;là se trouvait une estrade en bois servant de siège aux juges du combat. Le1 er décembre, le roi de Navarre monta sur cette estrade, et, en présence deP r es de dix mille hommes, il prononça un discours, dans lequel il parla de sonmnocence, de l’injustice de ses ennemis, et décrivit d’une manière si pathéti-que les horreurs de sa prison, qu’il arracha des jarmes à plusieurs des assis-tants; puis il fit le tableau des malheurs de l’État, et désigna les personnes quien étaient les auteurs. La présence de Charles-le-Mauvais à Paris , ses discours,ses conseils, ses insinuations donnèrent aux mécontents et au prévôt des mar-chands une audace nouvelle. Marcel, accompagné de ses principaux partisans,se rendit au Palais, pria le dauphin, au nom des états, de se réconcilier avecle roi de Navarre et de lui restituer ses biens confisqués. Le dauphin, comme